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Belgique : nouvelle variation autour du thème sécuritaire

jeudi 11 mars 2010

Les faits-divers violents sont toujours l’occasion pour l’une ou l’autre de nos personnalités politiques en mal de visibilité de faire une belle sortie médiatique sur l’insécurité, un thème porteur.

Cette fois-ci, c’est Armand De Decker qui gesticule. Après l’émotion suscitée par le meurtre d’une mère de famille par un braqueur [1], le bourgmestre d’Uccle "s’alarme de la montée de la violence à Bruxelles" dans les colonnes de La Libre Belgique [2].

Tous les poncifs du discours sécuritaire s’y retrouvent.

Les jeunes et l’impunité : "On constate cette montée de la violence commise par des délinquants de plus en plus jeunes. Dans ma zone de police, 95 % des jeunes que nous arrêtons, parfois multi multi multi récidivistes, sont libérés dans la journée". (Multi multi multi ? Ca fait combien ça ?).

Amalgame immigration/insécurité : "Mais cela pose aussi un autre problème : avons-nous réussi l’intégration des jeunes d’origine étrangère ?". Et de comparer avec l’exemple flamand : "En Flandre, c’est différent, qu’ils soient d’origine turque ou marocaine, ils doivent faire l’effort d’apprendre le flamand, ils intègrent donc des valeurs au passage. En Belgique francophone, on a une grosse carence en matière d’enseignement ".

Trop de laxisme : "Il y a aujourd’hui un laxisme général, il y a cette génération post-soixante-huitarde qui est aux manettes." [3].

La solution ? Les bonnes vieilles méthodes autoritaires : "Je remets sur la table l’idée de créer des centres d’éducation renforcés avec encadrement militaire. [...] L’objectif est de ramener ces types qui ont perdu le sens des valeurs dans la vie réelle.".

Climat de peur : "On est un peu aujourd’hui dans la société d’Orange mécanique, tous les jours à à Bruxelles, il y a des séquestrations et des attaques de gens, on le constate dans des rapports de police."

L’insécurité est une préoccupation partagée par tou(te)s : qui ne souhaite pas pouvoir se balader tranquillement en rue ? La question n’est pas de savoir si tuer une femme à bout portant est mal : c’est mal. La sortie d’Armand De Decker, nouvelle variation autour du thème sécuritaire, est dangereuse à plusieurs titres. Non seulement elle stigmatise les jeunes et les étrangers les rendant globalement responsables de l’insécurité et alimentant au sein de ces communautés un vif ressentiment. Mais surtout, elle ne règle en rien le problème de fond : l’insécurité économique et sociale qui touche de plein fouet les jeunes et la population (d’origine) immigrée.

Et l’école ? On ne lui donne pas les moyens d’être efficace. Quant au manque de valeurs, quelles sont celles que l’ont peut espérer de la part de jeunes évoluant dans une société qui exclut et précarise une masse de gens (au nom du "marché") et qui explique dans le même temps qu’être heureux, c’est consommer (toujours au nom du "marché") ?

Source : La Libre Belgique, 10 et 11/03/2010

Notes

[3Dans sa chronique quotidienne, Paul Hermant s’interrogeait ce matin : "Quel âge fallait-il avoir en 1968 pour être aujourd’hui considéré comme un post-soixante-huitard ?" (La Première, 11/03/10 http://www.rtbf.be/info/matin-premiere/la-chronique-de-paul-hermant-196132 )

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