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France - Grande-Bretagne : Expulsion collective vers l’Afghanistan

jeudi 17 décembre 2009

La France et la Grande-Bretagne ont expulsé par charter une trentaine d’Afghans dans leur pays en guerre, malgré les protestations, notamment celles du MRAP, Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (voir France : les expulsions vers l’Afghanistan continuent). Ils sont arrivés mercredi à Kaboul.

Eric Besson, sinistre français de l’Immigration, a indiqué que huit des neuf expulsés de France n’avaient pas demandé le statut de réfugié et que le neuvième avait vu sa demande de droit d’asile rejetée.

Un journaliste de l’AFP présent à Kaboul a témoigné de la tristesse et de la fatigue des expulsés, tous très jeunes. L’un d’eux lui a expliqué qu’il était originaire de la province de Kunar (est du pays), considérée comme l’un des bastions des insurgés talibans, qu’il avait eu beaucoup de problèmes avec les talibans et qu’il avait dépensé 12.000 euros pour fuir en France. Un autre garçon, originaire de la province du Logar (un autre "bastion taliban") a raconté que son frère avait été capturé et était retenu prisonnier depuis trois ans. Tous avouent ne pas savoir ce qu’ils vont faire dans l’avenir.

Vivement critiqué, Eric Besson a déclaré qu’aucune des personnes expulsées de France "n’est originaire des régions du sud de l’Afghanistan qui sont les plus troublées". "Le seul fait que le pays d’origine soit en guerre ne vaut titre de séjour dans aucun des grands pays développés", ajoutant que les procédures "ont été respectées".

Or, théoriquement, un "clandestin" ne peut pas être expulsé s’il n’est pas identifié par les autorités de son pays qui lui délivrent un laissez-passer de
réadmission. Dans le cas présent, l’ambassadeur d’Afghanistan à Paris, Omar Samad, a déclaré à l’AFP que les neuf expulsés n’avaient pas reçu ce laissez-passer des autorités de Kaboul car ils étaient renvoyés contre leur gré.

Cette expulsion collective a provoqué le débat au sein de l’Assemblée nationale française. Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères,
a déclaré qu’il se "battrait pour que le nombre des Afghans accueillis soit supérieur au nombre de ceux qui devront partir" - quel courage politique ! Il s’était déjà prononcé contre ces expulsions en novembre dernier. En attendant, le fossé entre les beaux discours et les actes se creuse chaque jour davantage.

Source : AFP 16/12/09

Par ailleurs, dans un communiqué de presse (16/12), l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) a appelé les autorités britanniques et françaises à "faire preuve de la plus grande prudence avant de renvoyer des ressortissants afghans en situation irrégulière vers l’Afghanistan, en raison des problèmes d’insécurité, d’atteintes aux droits de l’homme mais également des sévères conditions climatiques dans ce pays pendant les mois d’hiver.

En raison de l’intensification du conflit depuis ces derniers mois, le HCR demande à ce qu’aucun renvoi n’ait lieu vers l’Afghanistan avant qu’il ait été donné aux personnes qui souhaiteraient faire valoir leur besoin de protection internationale, la possibilité d’accéder à une procédure d’asile leur permettant de bénéficier d’un examen complet et équitable de leur demande."

Voir en ligne : La France expulse neuf Afghans vers Kaboul malgré un vent de protestations

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