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Grèce : la colère populaire s’exprime à nouveau

lundi 7 décembre 2009

La mort d’un adolescent de 15 ans, abattu par un policier le 6 décembre 2008 à Athènes, avait déclenché l’année dernière une immense explosion de colère partout dans le pays. Un gigantesque soulèvement populaire, le plus important depuis la chute de la dictature, porté par la jeunesse et soutenue par la majorité de la population. Un mouvement remarquable par son ampleur et sa durée.

Nous avions alors déjà observé que les médias rendaient essentiellement compte des affrontements les plus violents et des pillages, s’engouffrant dans le spectaculaire et la facilité, délaissant la plupart du temps l’analyse.

Les "nouveaux heurts" (Le Soir, 07/12/09), les "violences de rue" (La Libre Belgique, 07/12/09) qui ont éclaté lundi à Athènes, un an après la mort de l’adolescent, sont identiquement présentés. La dépêche AFP reprise, par exemple, dans Le Soir, le montre bien (http://www.lesoir.be/actualite/monde/2009-12-06/la-grece-replonge-dans-la-violence-742096.shtml). Dans La Libre, vous lirez que "Déçus par les partis politiques, Yiannis et ses copains défilent désormais avec les Black Blog [sic], l’extrême gauche et les anarchistes qui cherchent l’affrontement avec la police, même quand celle-ci évite de les provoquer. Leur mot d’ordre : ’violence à la violence’ " (http://www.lalibre.be/actu/international/article/547698/les-violences-de-rue-continuent-en-grece.html).

"Jeunes", "anarchistes", "extrémistes radicaux" [1], "casseurs", "violence" : le compte est bon. Une fois encore, la contestation sociale est incriminée et la visibilité que l’on nous en donne se limite à la casse qu’elle occasionne [2].

Rappelons que la Grèce panse encore les plaies de la dictature (1967-1974) et qu’une frange importante de la population continue de se méfier de l’Etat et de la police. Rappelons que la police grecque figure parmi les plus brutales et bénéficie d’une large impunité. Rappelons que le népotisme, la corruption et l’incurie du gouvernement face à des événements nationaux importants ont durablement entamé la confiance des Grecs vis-à-vis de leurs institutions. Rappelons enfin l’extrême précarité de la jeunesse grecque.

Nous vous renvoyons au numéro 0 du JIM qui avait consacré un dossier à cette contestation populaire, pour tenter d’en comprendre les causes profondes et complexes ainsi que les espoirs qu’elle pouvait susciter (Lire « Ces jours sont aussi les nôtres ») [3].

Notes

[1Au moment où la ministre belge des Affaires Intérieures veut "prévenir la radicalisation". Lire à ce propos : http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/547774/turtelboom-veut-prevenir-la-radicalisation.html

[2Lire à ce propos : Quand la violence (est) tue, JIM n°1.

[3Nous étions également revenus sur les circonstances opaques du meurtre ("« L’arme du policier est magique. Il tire en l’air et ça va droit dans le coeur »"), sur les scandales politico-financiers qui avaient agité le pays ("Des scandales à répétition") et sur la réaction gouvernementale ("Pompier pyromane")

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