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Grèce : ce qui s’y est déroulé cette semaine, ce que les médias ont tu, ce qui s’y passera

dimanche 11 novembre 2012

Le 7 novembre, le parlement grec a adopté les nouvelles mesures d’austérité imposées par la Troïka via le Memorandum III. On a pu lire dans les éditions du 8 novembre des journaux belges des brèves nous « informant » que la Grèce a adopté ces mesures « de justesse » ou que les manifestations ont « été le théâtre de violences ». Dans le meilleur des cas, on recense un « épisode tragi-comique » quand les employés du parlement se sont mis quelques moments en grève suite à une mesure les concernant spécifiquement, mesure qui sera finalement retirée.
Que s’est-il réellement passé en Grèce et à Athènes cette semaine ? A notre tour de publier une brève…

Les discussions et le vote du Memorandum III au parlement était prévus le mercredi 7 novembre. Les deux confédérations syndicales (PAME et GSEE/ADEDY) avaient appelé à une grève générale de 48h le mardi 6 et mercredi 7 novembre, en opposition à ces mesures. Faisons remarquer aux mauvais esprits que cette grève ne donnait donc pas lieu à un long week-end. On se demande d’ailleurs bien ce que les travailleurs grecs en feraient, d’un long week-end, quand même acheter un ticket de métro représente une dépense majeure ! Néanmoins, le métro et les taxis athéniens étaient déjà en grève le lundi 5 novembre. La grève générale semble avoir été un succès, en tout cas dans les secteurs organisés syndicalement.

Des manifestations étaient également organisées à Athènes et Thessalonique. Dans la capitale, la première avait lieu le 6 novembre au matin et la deuxième le 7 novembre au soir. Les lieux de rassemblement étaient différents selon les syndicats mais le mardi 7 novembre à 17h, tout le monde s’est retrouvé à Syntagma (Place de la Constitution), devant le parlement.

Les député(e)s y « débattaient » du Memorandum. Débattre est un grand mot, car plusieurs député(e)s avaient reçu les textes le matin même. Des représentant(e)s de Syriza et des Grecs Indépendants ont demandé un vote sur la légalité constitutionnelle de certaines mesures, alors que la Cour Suprême avait également jugé certaines dispositions anticonstitutionnelles. Le président de l’assemblée, à moitié vide à ce moment, a procédé à un vote pour le moins original en demandant aux député(e)s de se lever s’ils partageaient la position de Syriza sur l’anticonstitutionnalité des mesures. Jugeant que les député(e)s debout étaient moins nombreux que les député(e)s assis(e)s, il a déclaré l’objection de Syriza rejetée. Néanmoins, il a finalement été contraint de procéder à un vote nominatif en bonne et due forme (ô sursaut de l’état de droit). Mais souvenez-vous, les travées étaient à moitié vide à ce moment, les députés de la majorité étant « ailleurs ». La séance a donc été interrompue pendant plus d’une heure, alors que le règlement du parlement stipule qu’une telle interruption ne peut excéder 10 minutes, le temps que les député(e)s de la majorité retrouvent le chemin de leurs sièges d’élus du peuple. Au final, le parlement déclarera par 170 voix pour et 47 contre le Memorandum III compatible avec la constitution, les député(e)s de Syriza ayant quitté l’assemblée pour ne pas cautionner cette mascarade. En résumé, le parlement grec s’est donc assis sur son propre règlement et sur l’avis de la Cour Suprême pour imposer à son peuple de nouvelles mesures d’austérité imposée par la Troïka (UE, FMI, BCE). Cela s’appelle un coup d’état parlementaire au sein de l’Europe, dont le Prix Nobel de la Paix est complice.

Pendant ce temps, devant le parlement, plus de 100.000 personnes sont rassemblées Place Syntagma. Des drapeaux des pays rassemblés sous l’horrible appellation de PIIGS (pour Portugal, Irland, Italy, Greece, Spain, les pays dont la population est la plus touchée depuis 2008) sont brandis.

La manifestation sera dispersée par la police au moyen de gaz lacrymogènes et de canons à eaux (utilisés pour la première fois en Grèce). La répression policière se fera sentir encore après la manifestation, avec un bilan qui serait de plus de 100 arrestations (information et chiffre à confirmer).
Après l’adoption du Memorandum III, le parlement devra se prononcer sur le budget ce dimanche 11 novembre au soir. Des grèves sont toujours en cours, notamment dans les transports publics athéniens. Une nouvelle manifestation est prévue à 17h à Syntagma, ainsi qu’à Thessalonique et Héraklion (Crète).
Pour vous tenir informé des événements :

Okeanews, en live et en français depuis Athènes : sur le web, twitter ou facebook

Radio Bubble, media alternatif en grec, anglais et parfois français : sur le web ou via le hashtag #rbnews sur Twitter

• Le blog en français de Panagiotis Grigorio, historien et anthropologue :

Ce sont également ces sources qui ont été utilisées pour la rédaction de cette brève.

On fera un parallèle intéressant avec la couverture médiatique de la grève générale en Belgique du 31 janvier 2012.

Pour son numéro zéro, il y a trois ans déjà, le JIM avait consacré un dossier à la Grèce.

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