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Belgique : expulsion d’une famille hindoue vers l’Afghanistan

mercredi 15 juin 2011

Encore une fois, la Belgique expulse des demandeurs d’asile déboutés vers des pays régulièrement mis en cause pour leur non respect des droits humains… par la Belgique. Ici, il s’agit de l’Afghanistan, qui est d’ailleurs totalement déconseillé comme destination par le Ministère des Affaires Étrangères [1], et plus encore d’une famille d’une minorité religieuse persécutée dans ce pays. Nous reproduisons ici l’intégralité du communiqué de presse du CIRÉ, de Défense des Enfants International Belgique, de la Ligue des droits de l’Homme, de Point d’Appui et du Service Droit des Jeunes datant du 14 juin.

Le cas de la famille Lal, refoulée vers l’Afghanistan,où est persécutée la minorité religieuse à laquelle elle appartient, confirme dramatiquement la tendance de la Belgique à refouler des demandeurs d’asile déboutés vers des pays pourtant régulièrement mis en cause pour leur non respect des droits humains… par la Belgique elle-même. Une réaction citoyenne s’impose.

La famille Lal avait ouvert une procédure de demande d’asile auprès du Commissariat Général aux Réfugiés et Apatrides (CGRA). Dans le cadre de l’examen de cette demande, le CGRA n’a remis en cause ni leur appartenance à la minorité hindoue, ni les persécutions perpétrées à l’égard de cette minorité en Afghanistan (sur 200 000 individus dans les années ’90, il ne reste plus que 200 à 300 familles actuellement).

Le CGRA n’a toutefois pas estimé devoir accorder une protection à la famille. Il manquait, à ses yeux, les preuves d’un séjour récent en Afghanistan et des informations crédibles sur sa situation au cours des dernières années. Résultat : le père, la mère et la fillette de cinq ans ont été refoulés vers Moscou, avec Kaboul comme destination finale, sans qu’aucun examen d’un éventuel risque de torture, de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Afghanistan n’ait été réalisé. Il est aberrant que le fait qu’une famille hindoue n’ait pas vécu en Afghanistan soit considéré comme une raison suffisante pour ne pas avoir à considérer le risque de persécution en cas de retour dans ce pays.

Arrivée à l’aéroport de Kaboul, la famille Lal se retrouve sans argent, ni attaches. Or, pour survivre en Afghanistan lorsque l’on est issu de la minorité religieuse hindoue, il faut être entouré de sa famille et de sa tribu. Elle est accueillie pour quelques jours au temple hindou de la capitale, dans des conditions extrêmement précaires.

Informée de cette situation et craignant pour la vie de cette famille avec enfant, le CIRE, DEI Belgique, la LDH, point d’appui et le SDJ ont mis sur pied en urgence une opération de soutien visant à envoyer un courrier à la Vice-Première Ministre et au Secrétaire d’Etat en charge de la Politique de migration et d’asile pour qu’ils autorisent en urgence le retour de cette famille afghane.

Les cas récents de renvois de trois femmes iraniennes vers leur pays d’origine et le risque de refoulement d’une autre famille appartenant à la minorité sikh vers l’Afghanistan semblent indiquer que le cas de la famille Lal n’est pas une erreur isolée. Les associations signataires s’inquiètent de ce dangereux changement de cap politique que constitue la reprise des renvois vers des pays reconnus tant par la Belgique que par les instances internationales comme non respectueux des droits humains.

Le CIRE, DEI Belgique, la LDH, Point d’appui et le SDJ appellent les instances d’asile belges à faire preuve de la plus grande prudence dans le traitement des demandes d’asile de personnes originaires de pays tels que l’Afghanistan et l’Iran. Si des risques de torture et de mauvais traitements en cas de renvoi vers leur pays existent, les autorités ne doivent pas prendre le risque d’y exposer les demandeurs en spéculant sur une possible chance que ces risques ne se réalisent pas.

Même en cas de non reconnaissance du statut de réfugié ou de refus d’accorder la protection subsidiaire, le CIRE, DEI Belgique, la LDH, Point d’appui et le SDJ exhortent les autorités belges à ne plus refouler des personnes vers leur Etat d’origine ou vers un Etat de transit sans examiner, au préalable, le risque encouru par ces personnes en cas de retour, au regard de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme (interdiction de torture, traitements inhumains et dégradants).

Plus d’informations pour envoyer un courrier aux ministres compétents en soutien à la famille Lal sur le site internet de la Ligue des droits de l’homme

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