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Grèce : La rue se souvient d’Alexis !

lundi 6 décembre 2010

Ce lundi, à l’appel des étudiants et des lycéens, une manifestation était organisée au centre d’Athènes pour commémorer la mort d’Alexis, un adolescent tué par un policier il y a exactement deux ans, le 6 décembre 2008 [1] et pour protester contre les mesures d’austérité et la tutelle imposée à la Grèce par l’Union Européenne et le Fonds monétaire international (FMI) en échange du "sauvetage" financier.

Plusieurs milliers de manifestants ont marché dans le calme vers le Parlement, aux cris de « La Grèce n’est pas un protectorat » ou « Dehors le FMI ». Parmi les manifestants, quelques dizaines s’en sont pris à des banques, des magasins et un hôtel de luxe. Des affrontements avec la police anti-émeute ont éclaté. Une violence matérielle, que d’aucuns regretteront ou applaudiront, mais qui répond à une autre, légale [2], et qui a incontestablement été attisée ces derniers jours par une série d’actions policières aussi visibles que brutales.

Il y a deux jours (le 4 décembre), la police anti-terroriste a envahi plusieurs appartements, squats et locaux de mobilisation sociale à Athènes, Pirée, Salonique, Agrinio et Crète, prétendant avoir découvert des armes et des matières explosives - information qui allait se révéler être fausse dès le lendemain. Mais, dans les médias, le ‘succès de la police nationale contre le terrorisme’ était célébré. A Salonique, toujours le 4 décembre, des policiers en civil et des hommes encagoulés de la police anti-terroriste ont investi le squat anti-autoritaire ‘Nadir’, situé dans la cité universitaire de l’Université. Ils ont confisqué les ordinateurs et des documents imprimés, passé à tabac les occupants et procédé à plusieurs interpellations et 11 arrestations. A Agrinio, la police a coupé l’électricité dans la zone d’un local anarchiste de la ville, prétextant "la découverte d’une ‘cachette’."
Hier, le 5 décembre, la police a rendu publics les noms et les photos de 6 personnes arrêtées en demandant aux citoyens de leur fournir des informations à leur sujet.

Selon les avocats, les personnes interpellées et arrêtées n’ont pas pu bénéficier de leurs droits. L’un d’eux a ainsi déclaré : "Ce qui a été désarticulé jusqu’ici ce sont les droits juridiques des détenus, ainsi que leur possibilité de communication avec leurs familles et leurs avocats. L’interdiction totale aux détenus d’exercer leurs droits fondamentaux 24 heures après leur arrestation et le refus de confirmer leurs noms, nous permettent de parler d’une rapine. Le mépris se complète par la méthode habituelle des ‘fuites’ sélectives et de la manipulation médiatique de l’opinion publique. Et si tout cela se passe sous la protection du procureur on peut être sûrs que le dispositif de la répression existe non pas pour la protection, mais pour la dissolution de l’ordre légal et constitutionnel.
La veille de l’anniversaire de deux ans de l’assassinat d’Alexandros Grigoropoulos et pendant que l’ensemble de la société est agitée et se prépare à protester, l’état coupable cherche de toute évidence à s’expier, à présenter des succès et, surtout, à légitimer le totalitarisme qu’il prépare pour demain."

Sources : Libération, 06/12/2010 ; Indymedia Bruxsel, 05/12/2010

A lire dans le JIM sur la Grèce  :

- Ce jours sont aussi les nôtres (JIM n°0)
- Déconstruire les mythes de la crise grecque (JIM n°13)
- L’austérité salvatrice, recette économique ou dogme néo-libéral ? (Première partie) (JIM n°13)
- L’austérité salvatrice, recette économique ou dogme néo-libéral ? (Seconde partie) (JIM n°13)

Notes

[1Lire à ce propos : "L’arme du policier est magique. Il tire en l’air et ça va droit dans le coeur" dans le JIM n°0 qui consacrait un dossier sur la crise grecque. Le policier a été condamné en octobre dernier à la prison à perpétuité.

[2Sur la violence légale, lire Quand la violence (est) tue

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