Témoignage sur la pauvreté et la précarité à São Paulo

São Paulo, un aperçu

samedi 21 novembre 2009, par Hélène Châtelain

Depuis 2 ans qu’Hélène vit et travaille à São Paulo, une évidence s’est
imposée à elle. Celle d’un vaste marché du travail précaire, le paradis
concrétisé du libéralisme, l’Eden du capitalisme à l’état le plus brut.
Aperçu.

Quand je sors de chez moi, je prends un des deux ascenseurs qui me descend vers le hall de l’immeuble. Environ une semaine sur quatre, l’un des deux ne fonctionne pas ; il est en maintenance ou en réparation. Ca signifie que l’entreprise (Schindler Brasil) qui le gère envoie un garçon s’en occuper.
On peut se demander comment, dans un pays comme la Belgique, cette société de leasing pourrait se permettre de payer si souvent un ouvrier -parfois deux- pour retaper l’un des si nombreux appareils dont elles ont la charge dans la ville.

Je quitte l’immeuble en saluant le "porteiro" qui m’ouvre la grille (Bzzz, fait la porte).

Je connais bien toute l’équipe. Des trois jeunes qui s’occupent aussi de la propreté du jardin et des parties communes, à l’évangéliste qui m’entretient parfois de Dieu lorsque je rentre le soir, tard, après mon boulot, et qui se tape cinq nuits sur six dans la petite guérite qui nous sert de Cerbère, en passant par Miro, le type sans âge qui ne saisit pas le tiers de ce que j’essaie de lui dire, et dont je ne comprends que les considérations météorologistes quand je ramène mon fils vers 18h.

Ceux-là, semble-t-il, ont un bon boulot : ce sont les mêmes depuis deux ans que je suis là. L’un des trois jeunes du matin, José, vient d’obtenir un diplôme que la plupart de nos gamins passent à 15 ans -lui en a vingt-et-un. Après, il veut faire électricité, mécanique ou quelque chose d’autre qui lui permettrait de fonder une famille. José s’est cassé le pied et est resté plus de deux mois absent. Il vient de revenir ; sa place lui était assurée.
Junior a vingt-deux ans ; il a déjà une gamine de deux ans. Il faisait du déchaussement et avait un dos effroyablement courbé. Lui aussi s’est permis de prendre congé pendant plusieurs mois pour faire redresser tout ça [1] mais son frère m’assure qu’il va revenir assez vite. Non seulement je l’aime bien, Junior, mais en plus dès qu’on a un pépin d’ordre électrique, il n’a pas son pareil pour le résoudre. Je crois qu’ils sont plutôt bien lotis dans notre immeuble.

Surtout si je compare avec les commerciaux qui travaillent dans ma boîte. À mon arrivée, certains étaient des employés réguliers, payés 1000 reais par mois (environ 386 euros [2] ) avec 22 jours de congés payés. Le rêve ! Aujourd’hui, ceux-là ont disparu et ont été remplacés tous par des stagiaires qui ne peuvent rester que deux ans maximum. Ils sont aussi payés 1000 reais par mois, mais les congés ne sont pas payés. En outre, en cas de licenciement... Ben, rien... C’est pas un licenciement, c’est une fin de contrat... Voilà... Par contre, ils ont des primes par client inscrit. De ce que j’ai compris, la plupart d’entre eux sont des étudiants qui travaillent six à huit heures par jour et vont en fac le reste du temps.

Je crois qu’ils ont encore de la chance si on considère le statut de la dame qui nettoie les locaux, au boulot. Elle doit avoir dans les cinquante ans, elle est payée un peu plus que le salaire minimum (environ 500 reais net par mois (+-194euros) [3] ). Elle arrive à 7 heures du matin et repart à 16 heures. Elle a deux heures trente de trajet pour aller, deux heures trente pour revenir, tous les jours, y compris le samedi (mais ce jour-là, elle s’arrête à midi).
Au moins, elle, elle a un boulot fixe [4]. Enfin, en tout cas pour les deux ans à venir, parce qu’on va sans doute fermer cette filiale, et on n’aura sans doute plus besoin d’elle. Les conditions de licenciement ne sont pas exceptionnellement contraignantes, mais je suppose qu’elle verra arriver les "mois de salaire par année travaillée" d’indemnité comme une sorte de cadeau somptueux...

Si elle ne trouve pas de travail équivalent, elle pourra toujours se faire engager comme domestique à temps plein dans une “bonne maison” à 500 reais par mois (+-194euros) –aussi, mais sans être déclarée très souvent (voir encadré)...

Un petit boulot parmi d’autres à São Paulo

Sur mon trajet, je croise presque tous les jours les mêmes têtes. On finit par se saluer.
Il y a notamment ces gamines qui cherchent à nous persuader d’entrer dans une espèce d’école d’informatique ; elles sont payées à la prime, elles aussi. Racolage, marketing...
Je vois certaines d’entre elles -rarement des mecs- tous les jours, sauf le week-end, battant des pieds dans le froid, languissant sous le soleil, dans le même uniforme vert et orange un peu écoeurant. Beaucoup de gens portent des uniformes ici.

Comme par exemple, encore sur mon trajet, certains de ces surveillants de rue, qui portent des costards sombres, parfois même des cravates, et qui sont là, à regarder les passants passer, des journées entières. Les uns bénéficient d’une chaise, les autres d’une petite cabine vitrée ou d’un parasol. Beaucoup sont engagés par des "comités de rue" englobant les immeubles ou maisons environnantes. D’autres sont attachés à un immeuble, parfois à une maison... Je vous laisse imaginer la différence de statuts entre le garde et le gardé...

A propos de gardes...

La nuit, dans à peu près n’importe quel quartier de classe moyenne, vous entendrez un drôle d’oiseau. Un sifflement un peu strident, une petite poussée d’une seconde tous les quarts de minute. Si vous avez la curiosité de passer la tête à la fenêtre lorsque le sifflement se fait plus fort, vous verrez, le plus souvent à vélo, parfois sur une mobylette pas trop bruyante, un bonhomme qui se fait les montées et les descentes de quelques rues pour s’assurer que tout est tranquille aux alentours. Tous les mois, il frappera aux portes du coin sur lequel il veille, un coin bien éloigné du sien, très probablement, et les habitants lui donnent -ou ne lui donnent pas- une somme fixe [5].

Des figures que vous ne pouvez pas rater et qui vous restent gravées longtemps dans le corps, ce sont ces écologistes à 180 à 450 reais par mois (70 à 174,5 euros environ) (à condition de travailler tous les jours [6]) qui trimbalent des charrettes faites plus de bric et de broc que de celles de Charles Ingalls, le plus souvent à bout de bras, parfois à vélo, de plus en plus rarement avec un cheval. Ils ramassent, selon le cas, tout ce qui est papier, plastique, carton ou autre détritus qu’ils savent être récupéré dans une entreprise de recyclage.
Ils font des journées de huit heures, montent et descendent les rues infectes de São Paulo, très souvent à contre-sens, parfois là où c’est le plus dangereux, affrontant chauffards, autobus bondés et livreurs à moto [7], tout cela pour revendre leurs trouvailles au poids, en toute informalité –mais au su et au vu de tous. Et avec la certitude que la ville serait en pire état sans ces 20.000 hommes et femmes [8]. Quand ils sont pieds nus, je ne parviens pas à comprendre comment ils font pour marcher plus vite que moi avec leur chargement derrière eux.

São Paulo : écologiste à 200 reais

Et puis, il y a les autres. Ceux à qui on n’a pas "donné" de travail et qui n’ont pas réussi à s’en “inventer” un.

Ils ne vendent pas de jus d’orange ou de beignets de viande à l’arrière d’une voiture ;

Ce ne sont pas ces milliers de jeunes filles et de femmes qui proposent des gâteaux trop sucrés et du sirop de café dès 5 heures du matin à tous les points stratégiques de la ville ;

Ce ne sont pas ceux que les églises ont pris en charge pour assurer un semblant de service d’ordre ou aider au stationnement autour des lieux de cultes ;

Ni les distributeurs de tracts en tout genre ou les porteurs de pancartes publicitaires ;

Et pas non plus les combien de milliers de prostituées et prostitués qui égrènent la cité...

Non, ce sont celles et ceux, parfois avec un môme maigrichon, parfois sur une jambe, souvent avec une attelle en métal, avec des vêtements qui n’en sont presque plus, quelquefois exactement là où ils ont dormi pendant la nuit -sur le trottoir de votre rue, emballés dans des couvertures épaisses, avec un matelas pour les plus chanceux, souvent aux carrefours, proposant bonbons, chocolats, filets d’ail, jouets, ballons, gadgets d’équipes de foot, jonglages et acrobaties, mais le plus souvent les mains vides, handicapés, une cane à la main, celles et ceux qui n’ont plus que la pitié à vous proposer en guise de produits sur le grand marché du libéralisme de São Paulo.

Car c’est bien ce que tout cela m’inspire : São Paulo, c’est certainement la concrétisation la plus proche de ce que peut et doit être un marché libéral avec le moins d’entrave sociale possible.

Il y a bien un salaire minimum officiel, mais il y a tellement de moyens de le contourner (paiement par primes, temps partiel, paiement à la prestation, sans parler du travail au noir) ;

Les services de santé publique existent, mais ils sont réputés pour leur lenteur, pas pour leur efficacité [9] ;

Quant à l’école, et bien, elle ferait passer le système scolaire nord-européen pour un modèle de réussite égalitaire [10] ;

Les pharmacies populaires fournissent des médicaments à la pièce, et à un prix trés réduit, mais aussi petit soit-il, il reste inacessible à une quantité importante de la population ;

Difficile de parler encore du droit au logement en deux lignes...

J’ai voulu brosser ici une situation brute, grossière, réelle, sensible, celle de ces personnes que je croise tous les jours et que je vois vivre dans la nécessité de reproduire tous les jours ce qu’ils ont fait la veille sous peine de perdre leur petit espace sur le marché de l’activité économique de la ville. Ce marché dont ils ont probablement une conscience indicible mais mille fois plus forte que n’importe quel entrepreneur qui "se bat” pour augmenter la part de clientèle de sa boîte.

En tout cas, on comprend pourquoi Schindler, l’entreprise qui gère les ascenseurs, ne fera jamais faillite en envoyant un réparateur tous les mois plutôt qu’en assurant un travail solide fondé sur une formation sérieuse et payant un salaire correct.

La réponse est dans l’exposé de la situation.

Si l’on considère que "La précarité est une forte incertitude de conserver ou récupérer une situation acceptable dans un avenir proche", alors, la grande majorité des habitants de São Paulo vivent -au mieux- dans la précarité...

Pour terminer, je pourrais ajouter deux dernières petites informations à mettre en parallèle.

La première provient directement de la bouche même du Président M. Luiz Ignacio da Silva, dit Lula, pour qui “Les plus pauvres sont devenus des consommateurs (...) Ces personnes ont appris à entrer dans un shopping, ont appris à entrer dans un supermarché et à acheter des choses que tout le monde a le droit d’acheter.” [11] M. da Silva présente ses sept années de pouvoirs comme une amélioration essentiellement sur le plan de l’amélioration du marché intérieur de consommation, se réjouissant de l’augmentation des conditions matérielles des classes les plus démunies [12].

La deuxième vient de l’institut brésilien chargé des statistiques, qui révèlent que sur l’ensemble des adultes brésiliens (plus de quinze ans), seuls 26 pour-cent sont capables de lire et comprendre un texte. Ce qui signifie que 70 millions d’adultes sont au moins des analphabètes fonctionnels [13]. Sachant que la justice, dans un État qui se veut de droit comme le Brésil, est principalement fondée sur le papier, on peut en conclure que la majorité des adultes brésiliens sont en état de précarité judiciaire flagrante. La propriété foncière est très souvent fondée sur des faux, par exemple, mais la plupart des sans-toit et des sans-terre n’ont pas la possibilité de s’en défendre, à moins de faire partie d’associations criminalisées comme le MST ou le MTST [14].

Qu’on se rassure : les Brésiliens peuvent désormais consommer librement, et s’endetter tant qu’ils peuvent...

Si en plus ils devaient pouvoir se défendre contre le grand Capital...

Hélène Chatelain

L’économie et le social de São Paulo (Capital de l’État de São Paulo) en quelques chiffres :

São Paulo, la municipalité, compte 11 millions d’habitants (mais le “grand São Paulo”, c’est-à-dire incluant sa “sphère d’influence” périphérique (région métropolitaine) compterait dans les 16,5 millions de personnes.

São Paulo municipale :
Pour se donner une idée de l’expansion de la ville, elle comptait 2,2 millions d’habitants en 1950 et 580.000 habitants en 1920.
Il y a actuellement une flotte de plus de 6 millions de véhicules à São Paulo.
Superficie : 1.523 km²
Densité : 7.216 hab/km²
PIB : 282.852.338.000 reais (109.690.136.676 euros)
PIB par habitant : 25.675 reais (9.956,77 euros)
Indice de Développement Humain (IDH) : 0,841 en 2000.

Des personnes en âge d’activité :
Économiquement actives (région métropolitaine) : 60, 3%
Effectivement actives (région métropolitaine) : 55,1%
Au chômage (région métropolitaine) : 5,2%
Non économiquement actives (région métropolitaine) : 39,7%

Des personnes actives (à l’exclusion des personnes non économiquement actives, voir ci-dessus) :
Personnes au chômage (région métropolitaine) : 8,7%
Personnes touchant le salaire minimum (région métropolitaine) : 10,68% (*)

Des personnes travaillant (à l’exclusion des personnes au chômage ou non économiquement actives, voir ci-dessus) :
Personnes touchant le salaire minimum (région métropolitaine) : 11,7% (*)
Personnes travaillant dans le secteur privé mais non déclarées (région métropolitaine) : 20,5%
Personnes travaillant dans le secteur privé déclarées (région métropolitaine):51,4%
Indépendants (région métropolitaine) : 16,4%
Entrepreneurs (région métropolitaine) : 4,8%
Travailleurs non-rémunérés (région métropolitaine) : 1%

(*) pour rappel, le salaire minimum –de base- à SP est de 505 reais pour les (considérés) moins qualifiés.

Sources :
http://pt.wikipedia.org/wiki/S%C3%A3o_Paulo_%28cidade%29#Demografia
http://www.ibge.gov.br/home/estatistica/indicadores/trabalhoerendimento/pme_nova/pme_200909sp_01.shtm
http://www.portalbrasil.net/salariominimo_saopaulo_2009.htm

H.C.

Pour se faire une idée du coût de la vie à São Paulo, voici une petite table des prix dans une superette “japonaise” populaire [15] :
- 2 litres de coca-cola : 3,48R$ (1,35 euros)
- une cannette de bière : à partir de 0,98R$ (0,38 euros)
- le filet de poulet, au kilo : 11,98R$ (4,65 euros)
- le filet de saumon, au kilo : 33,48R$ (12,99 euros)
- pommes de terre, au kilo : 2,58R$ (1 euro)
- riz, au kilo : à partir de 1,98R$ (0,77 euro)
- vodka Smirnoff, un litre : 17,85R$ (6,92 euros)

H.C.

Notes

[1Le gérant de l’immeuble m’a expliqué que l’équivalent local de la Sécurité Sociale leur verse à partir du seizième jour de leur congé maladie une quote-part de leur salaire, qui va en diminuant lentement jusqu’à ce qu’ils reviennent. Du premier au quinzième jour, ils sont toujours payés par le “condominio”, c’est-à-dire la gestion de l’immeuble. Il y a un roulement de l’équipe d’environ 5 ans. Le doyen, Angelo, est d’ailleurs là depuis un lustre.

[2Au 30 octobre 2009. Convertisseur : http://br.finance.yahoo.com/currency Le real est actuellement à 0.3878 euro.

[3En 2009. Le salaire minimum est fixé par l’État, non par le Fédéral qui se contente de fixer un plus-bas autorisé (d’environ 465 reais par mois (180,32 euros) en 2009). Celui de São Paulo est de 505 reais par mois (195,84 euros). http://www.portalbrasil.net/salariominimo_saopaulo_2009.htm Notons que le salaire minimum autorisé au Brésil concerne les employés domestiques et est de 1,86 reais de l’heure, ce qui représente environ 72 centimes d’euros. http://www.portalbrasil.net/salariominimo_empregadosdomesticos.htm

[4Dans un article du Monde Diplomatique Brasil, août 2009, p. 20-21, un article mentionne qu’en 2007, il y avait 90 millions de travailleurs au Brésil. Mais les chiffres des travailleurs enregistrés ne dépassent pas les 40 millions en 2008. Or, le nombre de travailleurs augmente constamment : ils sont donc plus d’un sur deux à travailler, sinon dans le noir, au moins dans le gris. Pour São Paulo, voir encadré.

[5J’en ai rencontré un qui touche entre 35 et 50 reais par maison (13,58 et 19,39 euros) et fait trois rues d’environ 18 habitations payantes (Celui qui a un système de sécurité individuelle ou qui habite un condominio ne paiera pas). Le compte fait, il touche brut moins de 900 reais par mois (349,02 euros) et fait toutes les nuits sauf le dimanche. Il paraît que les voleurs n’aiment pas le dimanche... La logique brésilienne m’égare souvent. Il fait partie d’une association qui se met en branle en cas de pépin (ce qui tendrait à dire qu’il ne garde pas la totalité de son revenu). C’est plus ou moins reconnu –disons, toléré- par la municipalité, parce que la police intervient s’ils l’appellent. Sinon, leur travail n’est pas considéré fiscalement, donc pas de protection sociale officielle. Il faut aussi noter que mon personnage, ici, est arrivé il y a une vingtaine d’années et que, s’il est là, c’est parce qu’il était le premier... Et le jour où il va à la chasse...

[6Statistiques réalisées par la Mairie de São Paulo en 2005, portant sur un échantillon de 500 de ces travailleurs informels. http://www.prefeitura.sp.gov.br/portal/a_cidade/noticias/index.php?p=4170 Selon celles-ci, 90% de ces travailleurs sont des hommes qui gagneraient, par jour, une moyenne de 6 à 15 reais par jour (2,33 à 5,82 euros). Ces chiffres doivent avoir légèrement augmenté, mais pas trop car l’inflation est redevenue plutôt stable au Brésil depuis plusieurs années. Il est évident que ces personnes ne paient pas d’impôt –et ne bénéficient d’aucune couverture sociale.

[7Les motoboys : une des castes les plus honnies par la presse réactionnaire mais sans laquelle tout ce qui est livraison deviendrait impossible. Ils sont vus comme dangereux sur la route et, solidaires contre les voitures, sont presque considérés comme une mafia routière. Il est vrai qu’ils conduisent de manière très osée, mais le même bourgeois qui l’insulte de sa voiture est bien content de recevoir sa livraison en quelques dizaines de minutes dans une ville où les déplacements sont très difficiles.

[8Des entreprises de levage des déchets privées existent, mais elles ne suffisent pas à la tâche. En outre, aucune administration n’oserait, j’en suis certain, retirer ces maigres salaires des mains de ces 20.000 familles, pas plus qu’elles ne s’aventureraient à interdire réellement les ventes à la sauvette...

[9D’après l’IBGE, l’institut officiel des statistiques, plus des deux tiers des services de santé ressortissent cependant du privé. Le reste se partage entre municipal, étatique et fédéral. Voir http://www.ibge.gov.br/cidadesat/topwindow.htm?1

[10L’école publique est certes gratuite, mais elle est notoirement inefficace et peu sûre. Les études abondent sur le sujet, d’auteurs progressistes ou conservateurs, qui ne partagent pas le même point de vue sur les solutions à y apporter mais s’accordent sur la situation. Pourtant, la scolarité est, pour les 7-14 ans, supérieure à 95 pour-cent partout dans le Brésil, et pour les 15-18 ans, elle est au moins supérieure à 76 pour-cent (l’État le plus faible étant Rondonia avec 76%). Voir l’article trés critique de l’Estado de São Paulo, 25/10/2009, p. A15. L’Estado est un quotidien conservateur, comparable à la Libre Belgique ou au Monde.

[11Carta Capital, 28 août 2009, p. 45 ou http://www.cartacapital.com.br/app/materia.jsp?a=2&a2=8&i=5324 Lula assistait à la remise des prix des “Entreprises les plus admirées”, parmi lesquelles étaient notamment couronnées à des places d’honneur Monsanto, Nestlé ou Bayer, parmi bien des sociétés nationales et internationales, moins connues en dehors des frontières latino-américaines.

[12Même la presse réactionnaire a des difficultés pour réfuter cet état de fait, mais elle l’attribue généralement à des conditions économiques particulièrement favorables qu’elle relie au gouvernement précédent de Fernando Henrique Cardoso. En tout état de cause, il est cependant nécessaire de rappeler que, si les revenus ont effectivement augmenté un peu partout, ils se sont aussi concentrés entre les mains des plus riches et des entreprises les plus importantes. Banques, groupes de médias, agrobusiness et autres grosses sociétés, de fusions en acquisitions, ont généralement pris de plus en plus de poids et ont diminué en nombres, ce qui n’est pas véritablement un signe de gauchisation de la société. Ce point devrait être l’objet d’un article en soi, et je ne le développerai pas ici, me contentant de commenter le discours du Président actuel.

[13L’IBGE est cité ici par Forum, septembre 2009, p. 16 ou http://www.revistaforum.com.br/sitefinal/EdicaoNoticiaIntegra.asp?id_artigo=7567

[14MST : le bien connu Mouvement des travailleurs Sans Terre ; MTST : moins connu, le Mouvement des Travailleurs Sans Toit.

[15Notons que les prix varient parfois d’un jour à l’autre dans les épiceries et grandes surfaces ; heureusement, c’est plus stable dans les boulangeries.

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