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Le Vert et le Rouge - Deuxième partie : La crise écologique dans les pays dépendants et dans les ex-pays de l’Est (et assimilés)

Comment articuler Crises Environnementales, Écologie politique et Questions sociales ?

samedi 31 octobre 2009, par Didier Brissa

(suite de l’article Le Vert et le Rouge - Première partie : Les causes structurelles de la crise écologique )

L’ONU estime, qu’aujourd’hui déjà, qu’environ 50 millions d’humains sont des "réfugiés de l’environnement" [1], forcés de quitter leurs régions d’origine suite à la sécheresse, aux inondations, à l’érosion des terres, à l’extension de l’agriculture orientée vers l’exportation, etc. (Ils devraient être 150 millions en 2050) C’est un fait : la crise écologique dans ces parties du monde n’est pas une "bombe à retardement", ou un problème pour le futur, mais une crise existentielle bien réelle, déjà aujourd’hui.

La principale cause de la misère et de la crise écologique, c’est le mode de production capitaliste. Les structures bien connues de dépendance de l’impérialisme et du marché mondial dominé par celui-ci ont soumis la nature des pays dominés à une exploitation économique beaucoup plus directe et brutale que dans les pays développés. La destruction de l’environnement suivant les besoins du marché mondial et les intérêts des multinationales y est en contradiction encore plus flagrante avec les structures sociales et les modes de vie hérités de leur histoire.

Suivant les estimations de l’ONU, les villes dans les pays dépendants grandissent trois fois plus vite que celles dans les pays capitalistes industrialisés. Dans ces villes, les problèmes urbains sont encore plus catastrophiques pour la nature et la vie. La pollution de l’air par le trafic automobile et le chauffage domestique sont une menace aiguë.

La qualité de l’approvisionnement en eau propre et des eaux épurées représente le deuxième problème des villes dans les pays dépendants. L’élimination des déchets est le troisième. Dans la plupart des grandes villes d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine, les ordures sont simplement entassées ou brûlées à ciel ouvert.
Tout cela est cyniquement complété par une série de destructions directes de la nature et de crimes écologiques commis par les multinationales. Ainsi, des unités de production dangereuses (surtout dans l’industrie chimique) sont transférées dans les pays dépendants. Là, non seulement la main-d’œuvre est bon marché, mais l’environnement peut aussi être impunément pollué (ex. le pétrole au Niger, la chimie –Bhopal– en Inde).
La solution de la crise écologique dans les pays dépendants est inconcevable sans rupture de la dépendance de l’impérialisme.

Le bilan écologique de l’ex-« bloc de l’Est » (URSS et des pays ayant un régime de la planification non-démocratiquement centralisée), est égal, sinon pire que celui des métropoles occidentales.

Les raisons de l’ampleur négative de ce bilan sont nombreuses, tant externes (sous industrialisation et techniques agricoles arriérées, état de guerre, guerre froide, course aux armes, isolement…) que internes. L’une des raisons internes de cette situation est le fait que ces sociétés n’ont pu surmonter que partiellement la loi de la valeur capitaliste et les contraintes objectives sur la production qu’elle comporte. Dans de nombreux secteurs-clés de la production, la dépendance du capitalisme et du marché mondial était toujours présente, ce qui veut dire une certaine soumission aux règles fixées par le capitalisme. L’exploitation des ressources naturelles pour une économie d’exportation ainsi que la dépendance de produits et de technologies provenant des industries capitalistes ont provoqué, dans ces sociétés aussi, une destruction inévitable de l’environnement. Et ceci d’une manière comparable à celle des pays dépendants – situation qui actuellement belle et bien celle de nombreux ex-pays du bloc de l’Est.

Ainsi, dans ces sociétés, la multitude de besoins sociaux et nationaux, culturels et économiques des hommes fut standardisée, normalisée et intégrée par la force dans un plan central dicté d’en haut. Comme tout aspect qualitatif, les caractéristiques déterminantes ne pouvaient qu’être des normes et des taux de croissance quantitatifs [2]. Ainsi, ces sociétés ont fait une priorité, parfois même plus que les sociétés capitalistes, de l’augmentation quantitative de la production (ce qui n’est pas sans lien avec une interprétation exclusivement productiviste de la théorie marxiste), l’augmentation étant ordonnée par décrets et imposée par la répression. La protection des ressources et de l’environnement n’entrait dans de tels plans, tout au plus, que sous forme quantitative (nombre de stations d’épuration, de filtres, dépenses de certains budgets etc.).

Il va sans dire que la crise écologique ne pourra que s’aggraver dans le contexte de pillage économique et de capitalisme sauvage qui règne en Russie depuis la disparition de l’URSS, avec la bénédiction des puissances occidentales et du FMI.

Didier Brissa

Suite et fin : Le Vert et le Rouge - Troisième partie : Le Mouvement ouvrier et l’écologie

Notes

[1UN calls for recognition of environmental refugees (As Ranks of “Environmental Refugees” Swell Worldwide, Calls Grow for Better Definition, Recognition, Support - http://www.ehs.unu.edu/PDF/article:130)

[2Taux de croissance quantitatifs : On peut mesurer la progression d’une économie de différentes façons, il n’y a aucune méthode « objective » car chaque méthode correspond à des critères subjectifs fixés au préalable. Dans le cas présent, la quantité des marchandises produites, indépendamment de la qualité, de leur réponse aux besoins de la population ou d’avoir été produites dans des conditions durables pour l’environnement. Si le taux de croissance avait été mesuré sur un de ces autres critères, les résultats eurent été différents…

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