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Le Vert et le Rouge - Première partie : Les causes structurelles de la crise écologique

Comment articuler Crises Environnementales, Écologie politique et Questions sociales ?

vendredi 30 octobre 2009, par Didier Brissa

Aujourd’hui, il ne reste que les idiots, les ermites et certaines élites des entreprises (et de la finance) fortement génératrices de déchets polluants pour nier les réalités des conséquences environnementales issues de notre modèle de production et de consommation. Les problèmes écologiques ont acquis à l’heure actuelle une ampleur et une gravité nouvelle. Les dégâts causés à l’environnement (changements climatiques ; pollution de l’air, de l’eau, des sols ; destruction des forêts ; biodiversité menacée ; catastrophes industrielles et le risque nucléaire) ont souvent des effets irréversibles sur l’homme et la nature, et la crise écologique qui se profile à l’horizon du XXIème siècle met en danger la vie de millions de gens. Nous ne nous attarderons pas à détailler ceux-ci, nous allons plutôt essayer d’en éclairer le visage politique.

Contrairement aux courants dominants du mouvement ouvrier, qui ont ignoré ou minimisé les problèmes de l’environnement, les mouvements écologistes et les partis verts ont le mérite incontestable d’avoir posé ces questions décisives à l’ordre du jour. Mais les solutions qu’ils mettent en avant ne sont souvent que de fausses solutions du fait qu’elles ignorent le lien intrinsèque entre destruction de l’environnement et logique du profit capitaliste.

Bien qu’il ne puisse se soustraire aux lois de la nature, le mode de production capitaliste est à différents points de vue en contradiction fondamentale avec la nature et les processus d’évolution naturels.

Ce n’est pas un manque de sagesse du capitalisme qui entraîne la destruction de l’environnement, mais précisément la rationalité qui lui est propre. Pour le capital, seul l’aspect quantitatif est décisif car il détermine la relation temps de travail/argent dans le cadre de la loi de valeur : des relations qualitatives et globales ne peuvent être prises en considération.
L’exploitation des ressources naturelles ne peut pas prendre en considération le temps nécessaire à leur formation et à leur renouvellement. L’extension de la production marchande ne peut pas respecter les modes d’organisation sociale préexistants. L’occupation de l’espace nécessaire au bon déroulement de la production, de l’approvisionnement en énergie et de la distribution, doit se faire sans tenir compte de l’environnement naturel, de la faune ou de la flore.
Voilà pourquoi la social-démocratie qui revendique une "croissance qualitative" s’empêtre ainsi dans la logique du capital : croissance qualitative et loi de valeur s’excluent l’une et l’autre. Au mieux, les destructions croîtraient plus lentement

La rationalité capitaliste détermine le mouvement des capitaux individuels. Mais la concurrence des capitaux entre eux rend irrationnel le système dans son ensemble : l’intelligence mise en œuvre pour améliorer la production, comme pour économiser les matières premières, s’arrête aux portes de l’entreprise. C’est l’environnement qui en fait les frais dans tous les domaines pour lesquels "personne" ne se sent responsable. En outre, la concurrence entraîne des crises de surproduction périodiques qui révèlent qu’une quantité considérable d’énergie et de matière a été investie dans des marchandises qui ne se vendent pas. De surcroît, le marché pousse à la fabrication de produits superflus du point de vue de la valeur d’usage (publicité, drogues diverses, armements, etc.) mais dont la valeur d’échange rapporte de gros profits.

Dans tous les pays développés, ceci a mené aux mêmes problèmes écologiques majeurs, une preuve de plus que ces problèmes ne sont pas à considérer comme des "pannes" ou des "ratés", mais qu’ils correspondent à cette logique du système partout dans le monde.

Le capitalisme n’est pas à même de corriger ces propres fondamentaux. Si les ressources naturelles, comme l’eau, le bois, les sols, sont "librement" disponibles, sous le capitalisme elles sont usées, gaspillées et polluées, le plus souvent sans contrôle. La nature limitée des ressources n’est perçue que par ceux qui sont contraints à les acheter. Ceux qui les vendent, ont un intérêt fondamental à l’expansion et s’opposent à toute tentative de les économiser. Ainsi, les « quotas carbone » sont une bonne illustration de la marchandisation, puisque il est permis de dépasser les limites en achetant les quotas inutilisés d’autrui… plutôt que de travailler à réduire la production de CO2…

Toute tentative de correction va à l’encontre de la campagne actuelle des capitalistes en faveur d’une plus grande dérégulation ; elles ne sont concevables qu’en partant de la prémisse fausse que la loi de la valeur [1] serait à même de distinguer d’une manière quelconque entre de "bons" profits (respectant l’environnement) et de "mauvais" profits. Ainsi, les pays développés sont condamnés à un rafistolage toujours en retard sur les problèmes, obtenant tout au plus quelques succès au niveau de remèdes ou de limitations partielles comme l’obligation d’installer des filtres pour l’épuration des eaux et de l’air, etc.

La production capitaliste, par ailleurs, façonne ses consommateurs. Ainsi, le comportement des individus est un facteur qui aggrave la crise écologique et entrave la sortie de celle-ci. Des changements individuels de comportement, même s’ils sont à encourager en terme de prise de conscience, ne peuvent cependant exercer qu’une influence minime sur la nature fondamentalement destructrice de l’environnement de la production capitaliste.

Didier Brissa

A suivre dans Le Vert et le Rouge - Deuxième partie : La crise écologique dans les pays dépendants et dans les ex-pays de l’Est (et assimilés)

Notes

[1La loi de la Valeur est la fonction de laquelle le capital se dirige d’une activité moins rentable à une autre plus rentable ce qui est, par conséquent, le mécanisme au travers duquel le travail salarié de la société se distribue.

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