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Sur le soulèvement populaire en Grèce

Pompier pyromane

mercredi 19 août 2009, par Franz Tofer (Date de rédaction antérieure : 15 février 2009).

Le 8 décembre, le premier ministre grec, Costas Caramanlis, s’engageait dans un message à la Nation retransmis par la télévision publique à mettre fin aux violences urbaines. « Les événements inacceptables et dangereux [...] ne peuvent pas et ne seront pas tolérés » déclarait-il [1], promettant une aide de l’Etat aux commerçants dont les magasins avaient été détériorés lors des manifestations.

Le discours gouvernemental, complaisamment relayé dans les médias, a essentiellement rendu compte des affrontements les plus violents et des pillages, grossissant le rôle des immigrés dans les émeutes, parlant de la colère des citoyens contre les « casseurs ». Les sondages réalisés dans la presse grecque indiquent pourtant qu’une majorité de la population soutient les manifestants, malgré la casse. Des témoins ont vu des commerçants chasser les policiers et des passants intervenir physiquement pour défendre les jeunes contre la police [2]. Les citoyens ont fait bloc contre la répression policière, se sont protégés mutuellement. Malgré cette solidarité, à la date du 4 janvier, 246 personnes avaient été arrêtées et 66 placées en détention préventive [3].

A la mi-décembre, face à l’ampleur de la protestation et aux sondages d’opinion défavorables [4], Costas Caramanlis a dû reconnaître au moins partiellement la responsabilité du gouvernement, promettant, tel un pompier pyromane, de combattre les problèmes que celui-ci a lui-même engendrés : "Des problèmes restés sans solution depuis longtemps déçoivent les jeunes gens - le manque de méritocratie [sic], la corruption dans la vie quotidienne, un sentiment d’injustice sociale. [...] Notre priorité absolue est de soutenir les personnes les plus affectées ", déclarait-il à son groupe parlementaire à la mi-décembre [5]. Il annonçait à la même occasion qu’aucune nouvelle taxe ne serait imposée en 2009 et que, au contraire, des réductions d’impôts entreraient en vigueur [6]. Il avertissait toutefois qu’une partie importante du budget de 2009 (12 milliards d’euros) serait consacré au remboursement de la dette, mettant ainsi en garde la population contre tout espoir excessif...

Le 7 janvier dernier, un mois après le meurtre de l’adolescent, le premier ministre a finalement procédé à un large remaniement ministériel [7], espérant de la sorte rehausser son image et calmer la colère populaire. Huit ténors de la majorité sont tombés, dont le très controversé ministre de l’économie et des finances, Georges Alogoskoufis. En place depuis 2004, il a été remplacé par un proche du Premier ministre, Yannis Papathanassiou, jusqu’alors secrétaire d’Etat à l’Economie. A noter également le retour d’Antonis Samaras, représentant de la droite nationaliste et ministre des affaires étrangères dans les années 1990, nommé à la culture.
Ce remaniement « apparaît décevant, manquant de souffle et de radicalité", a indiqué à l’AFP Yannis Mavris, directeur de l’Institut de sondages Public Issue [8]. La manoeuvre ressemble effectivement à un jet de poudre aux yeux : l’essentiel des ministres nommés avaient participé au précédent gouvernement... [9]

Franz Tofer

Voir en ligne : « Ces jours sont aussi les nôtres »

Notes

[2Le Monde diplomatique, janvier 2009, p.5.

[4Sondages qui rendent compte du "désir de changement de la politique économique", a déclaré à l’AFP Théo Livanios, responsable de l’Institut Opinion. Ainsi, selon un sondage publié le 15/12/08 par le journal Ethnos, 83,3% des Grecs se disaient mécontents de l’attitude du gouvernement depuis le début des troubles. Selon un autre sondage, paru dans Kathimérini à la même date, 69% des personnes interrogées estimaient que le gouvernement conservateur avait "plutôt mal géré" la crise. Seuls 20% d’entre elles jugeaient que Costas Caramanlis avait adopté "une position juste". Europe1

[6Ce qui ne risque pas d’apporter une solution au sous-financement de l’éducation, des retraites ou des allocations de chômage...

[7Départ des ministres de l’économie et des finances, des affaires étrangères, de la défense, de l’intérieur, de l’éducation, de la culture ainsi que le secrétaire d’Etat à l’ordre public.

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