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Gènes 2001 - Rien n’est terminé...

La répression à l’italienne, police, justice, gouvernement... (traduction d’un texte de Signore P. de Bologne.)

mercredi 21 novembre 2012, par Piero Cavina

Toutes les versions de cet article : [français] [italiano]

Les graves dérives de violence policières qui ont eu lieu à Gènes en 2001 laissent encore ouvert le champ de conclusions possibles. Les juges ont condamnés des manifestants et des policiers. Mais on ne parle pas de justice : les crimes advenus dans l’école Diaz ne devraient pas être comparables avec des bris de vitres. Et pourtant c’est malheureusement ce qui se passe.
Ceci est la traduction du texte d’un témoin des journées de Gènes qui suit également les éléments judiciaires de celles-ci

Très chers amis,

J’essaierai de ne pas m’étendre longuement sur le sujet . C’est tout récemment que furent publiées des motivations de la sentence de la Cour de Cassation confirmant les peines qui furent infligées aux 18 « serviteurs » de l’Etat, condamnés pour divers délits, allant de la violence aggravée jusqu’à la fabrication de fausses preuves pour couvrir l’arrestation illégale de dizaines de manifestants lors du massacre advenu à l’école Diaz [à Gènes].

Vous aurez pu lire que la Cour de Cassation, et non pas un quelconque un club anarchiste, a qualifié cette boucherie de très grave événement ayant atteint non seulement aux déjà très misérables garanties démocratiques de ce pays, mais également à l’image même de l’Italie en tant que pays démocratique.

Chacun de vous appréciera, selon sa sensibilité, l’assourdissant silence de la politique institutionnelle face à ces mots et la discrétion, digne de l’Omerta (Loi du silence, ndt), de toutes les forces face au maintien embarrassant de De Gennaro (alors chef de la police et qui cautionna moralement la boucherie de DIAZ) au poste de sous-secrétaire à la Présidence du Conseil.

Je ne sais qui parmi vous se trouvait à Gènes en ces journées de juillet 2001. Moi j’y étais ce samedi de la Diaz, avec trois cent mille autres et ce sera difficile d’en oublier l’ambiance. A chaque coin de rue, on pouvait croiser un groupe de brutes sans scrupules, casquées, armées de boucliers, de matraques et de badges. La seule chose raisonnable était de trouver un moyen de fuir entre les lacrymogènes, la foule, les matraques et le sang sur les trottoirs.

Ce jour-là, en plus des lacrymogènes et des matraques, ces brutes utilisèrent une arme bien plus dangereuse : les vidéo. Sur la digue qui dominait la plage de Gènes, sur les hélicoptères qui vibrionnaient comme des frelons, sur les camionnettes utilisées par les carabiniers comme des béliers contre la foule, il y avait des caméras. Ces caméras ont servi à identifier les soi-disant violents. Ceux qui brisèrent des vitrines de banques, ou qui montèrent des barricades avec les précieux containers à ordure de la ville, ou qui osèrent relancer les lacrymogènes en direction de ceux qui les avaient envoyés.

Grâce à elles, des dizaines de ces personnes ont été condamnées pour dévastation et saccage (délit prévu par le code fasciste, même pour qui -a confirmé la Cour de Cassation- n’a eu qu’un rôle de « co-participation psychique ») à une peine de 8 à 15 (quinze) années de prison, confirmée en Cassation. Le geste le plus violent qu’ont commis ces 10 personnes fut de détruire une vitrine… Les condamnés de la Diaz, qui ont mis une personne dans le coma, provoqué des dommages irréversibles à deux autres et brisé quelques os, ont été condamnés à des peines allant de 3 à 5 ans. Perugini, le bon Perugini, dont certains se souviendront grâce à la photo où on le voit frapper un garçon de 17 ans, un garçon maintenu fermement par d’autres policiers, et bien son affaire à lui est prescrite [1].

Aujourd’hui, j’ai découvert que l’on a réactivé l’« assistance légale » pour les événements de Gènes. On récolte des fonds pour soutenir les personnes déjà incarcérées et toutes celles qui furent frappées par une répression légale qui, je ne cesserai de le dire, trouve ses bases dans le code pénal fasciste. Personnellement, j’y ai contribué, et fondamentalement, je vous écris pour trois raisons :

- si vous ne connaissez pas Gènes 2001, ça vaut la peine de vous informer ;

- si vous pouvez donner quelque chose, outre la valeur monétaire, vous donnerez à ces personnes le sentiment qu’elles ne sont pas abandonnées ;

Faites circuler l’information parce que Gènes est une plaie purulente d’où s’est disséminée la gangrène de ce pays.

Finalement, à Gènes, il y avait des gens qui contestaient un pouvoir qui, peu après, déclencherait deux guerres et jetterait le monde dans une crise comparable à celle de 1929. Une crise qui est en train de détruire nos existences au profit d’un système qui est de toute façon voué à disparaître.

Merci

Signore P.

http://www.supportolegale.org/

http://www.buonacausa.org/page/donate/380

PS faites tourner !

Traduction : Hélène Châtelain

Notes

[1Voir ici par exemple.

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