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Chronique "le petit exploité"

Quelle richesse produit-on en Belgique ?

mercredi 7 novembre 2012, par Gérard Craan, Sylvia Nerina

Dans cette nouvelle chronique, le « petit exploité », le JIM propose des articles consacrés à quelques données de base pour mieux comprendre le système capitaliste. Et lutter contre lui et les inégalités qu’il engendre. Nous tenterons d’expliquer simplement ce qu’est l’exploitation de l’homme par l’homme. Et quoi de mieux pour propulser le petit exploité vers la reconquête de sa liberté que de lui présenter en quelques chiffres ce qu’est l’exploitation.

Chaque année, nous produisons de la richesse. Deux manières existent : soit le travail, c’est le cas pour la plupart d’entre nous ; soit la rente, en faisant « travailler » l’argent, voire en spéculant. C’est en fait une « fausse » richesse. Ainsi, les intérêts de l’épargne ne tombent pas du ciel ; de près ou de loin, ils ont un rapport avec un travail humain qui a rapporté de l’argent et qui a donc été soutiré pour alimenter les intérêts d’un compte bancaire. Evidemment, nous créons aussi d’autres richesses, souvent bien plus importantes, mais non comptabilisées (heureusement) : les relations sociales, amoureuses, le travail non rémunéré (s’occuper de ses enfants ou de ses parents, faire le ménage), etc [1]. Par ailleurs, la richesse comptable, c’est aussi plein de conneries : l’armement, la publicité, les services inutiles, etc. Mais la norme économique ne retient que le travail et la rente comme constituantes du Produit Intérieur Brut (PIB).

Bref, en 1970, nous produisions chaque année pour 146.032.299.523 d’euros [2] et, en 2011, malgré la « crise » plus du double : 362.478.400.000. Ces chiffres ne signifient pas grand-chose, tellement ils sont gigantesques et donc abstraits. C’est quoi 362 milliards ? Soyons donc concrets et prenons comme monnaie d’échange un appartement deux chambres d’une valeur de 150.000€. Sur ce tableau, vous pouvez voir l’évolution du PIB et le nombre d’appartements que cela donne.


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Le PIB de la Belgique permet donc de construire chaque année près de 2.500.000 appartements, soit de reloger le quart de la population tous les ans. Il y aurait 5000 personnes qui vivraient de manière permanente dans la rue et 50.000 qui auraient de très gros problèmes de logement. Le coût pour reloger ces 50.000 personnes serait de 2,06% du PIB. Et durant une année seulement. Si on considère qu’un appartement dure 20 ans, la somme ainsi répartie (amortie) représenterait… 0,10% du PIB. Une paille. Le tout est donc une question de choix. Bien entendu, fermer des écoles pour construire des appartements pour les SDF ne serait pas très pertinent. Mais distribuer moins de subventions aux entreprises pourrait être une solution.

Précisément, ces aides aux entreprises représenteraient actuellement 6,1% du PIB (environ 150.000 appartements construits la même année). Le credo officiel justifiant ces « aides » est simple : ce sont les entreprises qui créeraient de l’emploi. Elles ont donc besoin de conditions "attractives" pour rester en Belgique ou pour s’y implanter (En parallèle, l’Etat se voit confiné à un simple rôle de soutien, au mieux d’orientation de l’économie via des subsides pour des activités spécifiques) [3].

Posons-nous la question de l’efficacité de cette politique d’aide aux entreprises. Est-ce que cela crée de l’emploi ? Pour cela, il peut être intéressant de comparer l’évolution du chômage avec l’évolution des aides aux entreprises [4].


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Rien de très probant. C’est à se demander à qui servent ces aides aux entreprises !? Pas à créer de l’emploi, en tout cas. Qui plus est, les statistiques sur le chômage ont été très fortement malmenées afin de masquer le problème. Nous avons donc ajouté la courbe de la population inactive [5], sans plus de résultats. Nous pourrions jouer longtemps avec les chiffres. Mais ce que montre notre courte (et partielle) analyse, c’est qu’il y a bel et bien une alternative. Que l’austérité n’est pas nécessaire, que la rigueur n’est pas indispensable. La richesse est disponible. Nous avons le choix. Notamment de déclarer et obtenir que l’on trouve des logements aux personnes qui en ont besoin plutôt que de financer les entreprises à coûts de subventions. Bien sûr, ce n’est pas simple. Mais la réalité du système actuel, qui exploite l’immense majorité d’entre nous est également complexe. Elle fonctionne sur base d’un « partage » inégalitaire : les propriétaires des machines, des fabriques de vélos [6], des banques, de votre crédit hypothécaire, des chaînes de restaurants, bref, tout ce qu’on appelle les moyens de production, s’approprient la plus grande part du gâteau. Et ce gâteau est pourtant produit par… l’immense majorité d’entre nous. Changer cela, c’est changer le système et cela ne se fera pas d’un claquement de doigt.

Au fil des mois cette chronique reviendra donc sur certains éléments économiques qui nous montrent combien le pouvoir en place tente de nous exploiter et y réussit, parfois. Ainsi, nous tenterons d’évoquer de manière simple les inégalités économiques, le montant des allocations sociales, le « coût » de la sécurité sociale, l’impôt sur la fortune, etc. mais aussi les conséquences des ces décisions économiques : les travailleurs intérimaires et précaires, l’exclusion du chômage ou du CPAS, l’augmentation de la fortune des plus riches, etc. Autant d’éléments démontrant l’absurdité de ce système pourtant présenté comme le seul possible et le seul raisonnable ; deux mensonges éhontés que nous nous ferons un plaisir de démanteler avec vous. Bonne lecture.

Gérard Craan (avec l’aide de Sylvia Nerina)

Notes

[1Sans oublier les richesses naturelles, l’environnement.

[2en euros de 2005, inflation et déflation n’ont donc pas été prises en compte. Source : statistiques OCDE.

[3Alors que l’Etat était détenteur de nombre d’outils économiques stratégiques jusqu’à la fin des années ’80 : secteur électrique, télécommunications, banques, etc.).

[4La source utilisée est Eurostat, la banque de données statistique de la Commission européenne.

[5qui regroupe toutes les personnes entre 15 et 64 ans qui n’ont pas travaillé une heure lors d’une semaine de référence, c’est dire si là aussi le thermomètre est bien endommagé. Les amateurs remarqueront qu’à certaines périodes, la courbe de la population inactive évolue dans le sens contraire de celle du chômage, ce qui tend à montrer une manipulation statistique

[6Pourquoi toujours citer un fabricant automobile pour évoquer l’industrie !?

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