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En un mot...

samedi 18 juin 2011, par JIM

Une ligne rouge, de colère et parfois de sang, traverse nos numéros. L’Etat opprime pour veiller au bon déroulement des affaires qui n’enrichissent que quelques-uns. Derrière la "faille de nos démocraties", le "manque de contrôle" des marchés, la question du "déficit" de souveraineté, "l’éthique" ou la "morale" des affaires, la « crise » financière, les "carences" du "néo"-libéralisme, la mondialisation "à outrance", se cache en réalité un mot, un seul : capitalisme. Le JIM ne masque pas son discours par des tournures de phrases alambiquées. Mis bout à bout, les thèmes de cette année ont d’ailleurs une cohérence très nette et identifient le même ennemi.

Jugez plutôt : Luttes dans le monde (en septembre) suivi des thèmes "Hors la loi", "Cultiver la résistance" et "Médias". Ou comment des luttes et des combats, parfois pacifiques, souvent violents illustrent l’inégalité inhérente à ce système. Ou comment, de la Grèce au Mexique en passant par la Palestine, des peuples sont unis par le même désir de changement vers plus de liberté, d’égalité, de justice. Quitte à passer aux actes. Le droit au pain et à l’amour est légitime. Mais quelle que soit la nécessité de nos exigences, quel qu’en soit le bien-fondé, la répression est au tournant. Elle peut prendre de multiples formes, de la plus barbare à la plus raffinée sans que l’une n’exclue l’autre. Dans nos "démocraties occidentales", les libertés d’expression, de presse, d’association sont des principes officiellement défendus par tous. Pour autant le couperet de la justice frappe en priorité les pauvres et les militants. En parallèle, les médias aiment pratiquer l’autocensure ou ignorer délibérément la révolte qui sourd, ici et ailleurs. Quand a-t-on parlé des dizaines de milliers (oui, des dizaines de milliers !) de personnes qui occupent depuis la fin mai (oui, depuis la fin du mois de mai !) la place Syntagma à Athènes !? Pourquoi a-t-on attendu que les indignés d’Espagne lèvent le camp pour évoquer la mobilisation grecque ? L’information circule, certes. Mais ce n’est pas un torrent de dépêches. Plutôt une eau souterraine qui percole dans l’entrelacs des réseaux sociaux et des sites militants.

En janvier 2011, nous avons tapé sur le même clou.
Nous ne pouvions tomber mieux en souhaitant à tous de bonnes révolutions pour l’année nouvelle. Loin de jouer les prescients ou les Elizabeth T., le premier thème avait pour objectif de montrer que les révolutions ont existé, sont possibles et doivent être encouragées. La résignation et les compromis ne mènent à rien, sinon au renforcement du système. Loin d’être défaitiste, le JIM veut aussi contribuer à la construction d’un changement radical.

Nous sommes revenus sur les révoltes arabes dans notre dernier numéro. A présent que les médias et commentateurs occidentaux les jugent abouties, qu’en est-il réellement ? Le choc de l’hiver 2010-2011 ouvrira-t-il une brèche assez grande pour, après en avoir brisé la façade, transformer radicalement les maisons tunisienne ou égyptienne ? Aujourd’hui, c’est toujours le FMI et la Banque mondiale qui décident d’ouvrir ou non le robinet financier, continuant ainsi à assoiffer les peuples du Sud (et plus récemment, du Nord).

Enfin, pour boucler la boucle, il nous faudrait évoquer les mécanismes répressifs mis en œuvre par l’oligarchie en place. Nous avons ainsi mis la question des migrations humaines en avant. Victimes de conflits économiques ou militaires, de changements climatiques en cours, simplement désireux (et c’est légitime !) d’avoir un avenir, les migrants sont la conséquence d’une instabilité sociale et économique et d’un manque de libertés. Dû à quoi ? A la "faille" de nos démocraties, au "manque de contrôle" des marchés, au "déficit" de souveraineté, à "l’éthique" ou à la "morale" des affaires, à la « crise » financière, aux "carences" du néolibéralisme, à la mondialisation "à outrance" ? Non, évidemment. Et nous savons ce qui se cache derrière.

Le thème initial de ce numéro était le nucléaire. Il a coulé aux alentours de Fukushima, s’est envolé avec les fumées de Tchernobyl, s’est noyé dans la rivière longeant Three Miles Island. Obtenir une simple cartographie mondiale de la contamination radioactive [1] est malaisé. Secret nucléaire oblige, qu’il soit civil ou militaire. Mais il y a pire puisque le nucléaire n’échappe pas aux obligations de rentabilité de telle sorte que le retraitement ou le stockage des déchets passe parfois par la mafia [2]. Bref : le peuple dépossédé de son contrôle, le business capitaliste au mieux de sa forme. Le nucléaire aurait à merveille clôturé [3] cette deuxième année du JIM. Mais nous comptons décontaminer la zone sur le sujet aux alentours du mois de septembre. Nous avons cette fois opté pour un numéro hors thème. Quoique. Nous pourrions l’intituler tout simplement "capitalisme". Nous ne nous priverons pas en tout cas, d’aborder de front ce nouveau masque du capitalisme : l’austérité [4].

Le JIM

Notes

[1Voir néanmoins cet atlas européen publié par la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité Contaminations radioactives : atlas France et Europe.

[2Et lire par ailleurs : Somalie : poubelle du monde !.

[3Eh oui, ceci est le dernier numéro du JIM avant la rentrée de septembre. Nous prenons nos congés, et republierons quelques articles ou éditoriaux aux mois de juillet et août.

[4Pour le mot, en tout cas. L’habitude de faire payer la crise aux pauvres existe depuis des décennies

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