Accueil > Numéros > Numéro 18 - Migrations humaines et financières > Edito 18 : Migrations humaines et financières

Edito 18 : Migrations humaines et financières

dimanche 13 mars 2011, par Christine Oisel

Ce mois-ci, le JIM a décidé de mettre en avant la thématique des migrations financières et humaines, avec comme point de départ le relevé d’un paradoxe entre, d’une part, la liberté absolue de mouvement pour les capitaux et les biens et, de l’autre, la limitation ou l’interdiction de mouvement pour les travailleurs du Tiers-Monde, pour ne pas dire des pays économiquement colonisés.

Une contradiction, vraiment ? Pas du tout. Xavier Ducret, du Gresea, nous explique dans son article « Migrations et système néolibéral global. Tentative de mise en perspectives » comment l’immobilisation de cette main-d’œuvre dans les pays dits en voie de développement est nécessaire pour garantir aux entreprises supranationales de bas salaires et maximiser leurs profits – objectif premier d’un système capitaliste. Il arrive cependant que les pays riches fassent venir de la main d’œuvre bon marché. Celle-ci, mise en concurrence directe avec les travailleurs « nationaux », constitue alors un moyen de pression supplémentaire pour contrer les revendications de hausses salariales ou d’amélioration des conditions de travail. Une situation qui, bien sûr, complique et fragilise la défense des droits des travailleurs.

Dans notre beau village global, ne bouge donc pas qui veut comme il veut. Pour nous, Occidentaux, il est normal de pouvoir voyager, de s’expatrier. On écoute « Les Belges du bout du monde » à la radio et on se dit : "Tiens, j’irais bien m’installer quelque part en Amérique du Sud". Mais il est bon de rappeler que cette liberté est à sens unique. Nos frontières à nous sont bouclées, nos lois sur l’immigration sont strictes et leur application des plus répressives. Chafik Allal avait déjà abordé cette réalité dans le JIM en invitant le lecteur à effectuer "Un ramadan du voyage". Dans le même ordre d’idées, Eric Léon s’intéresse dans ce numéro au mot « migrant, e adj. et n. » et aux définitions de différents termes qui lui sont associés. Partant de sa propre situation d’« expatrié » - et non d’ « immigré » - en Afrique et du souvenir douloureux de la mort de Semira Adamu – « immigrée » et non « expatriée » pour sa part - , il s’interroge sur la signification et la portée de mots comme « expatrié », « émigré », « exilé », « expulsé », « allochtone », « autochtone » etc. Une analyse qui illustre une fois encore la division du monde entre ceux qui sont autorisés à bouger et ceux qui ne le sont pas.

Pour nous faire adhérer à ce projet de frontières fermées, de migration choisie et à sens unique, de répression des migrants clandestins, on nous fait peur, on nous parle d’envahissement, d’insécurité, de délinquance, de terrorisme.

L’attitude et les déclarations choc de l’équipe Sarkozy à l’égard des « flux migratoires incontrôlables » en provenance de Tunisie et la demande faite à l’Italie de « retenir » ces migrants [1] en est une illustration tristement éloquente. Les premiers sondages, largement repris et commentés dans les médias français, indiquant Marine Le Pen gagnante du premier tour des présidentielles dans l’Hexagone permettent à d’aucuns de "rappeler" qu’il faut faire quelque chose, qu’on ne peut accepter toute la misère du monde pour ne pas laisser le champ libre à l’extrême droite... En Belgique, les envolées médiatiques et mensongères concernant l’afflux de sans-papiers dans notre petit pays déjà en crise en sont une autre. A cet égard, la Ligue des Droits de l’Homme avait fort heureusement remis les pendules à l’heure en publiant une analyse de cette intoxication par les chiffres [2].

La lutte contre le terrorisme constitue le prétexte idéal lorsqu’on veut se débarrasser "proprement" de quelqu’un. Ainsi, la Belgique se lave honteusement les mains dans l’affaire Ali Aarrass, ce Belgo-marocain arrêté et détenu en Espagne depuis avril 2008 et extradé au Maroc par l’Espagne en décembre 2010. Soupçonné par le Maroc d’appartenir à la « cellule terroriste Belliraj », il a pourtant été totalement blanchi au terme d’une instruction de près de trois ans. La Belgique a refusé d’intervenir pour protéger son ressortissant du fait de la double-nationalité d’Ali... Luk Vervaet revient sur cette affaire au travers de deux articles : "Où en est-on dans l’affaire Ali Aarrass ?" et "Quand le ministre de la Justice répond...".

Hors-thème, Didier Brissa nous livre la sixième et dernière partie de son dossier : "Le Vert et le Rouge : Comment articuler Crises Environnementales, Écologie politique et Questions sociales ? " dans laquelle il propose, notamment, quelques pistes concrètes d’actions immédiates afin de permettre "l’indispensable rencontre entre l’écologique, le démocratique et le social".

Merci à Eric, Didier, Luk et Xavier pour leur participation à ce numéro.

Christine Oisel, pour l’équipe du JIM.

SPIP | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0