Bonnes révolutions pour 2011

Edito n°17

samedi 12 février 2011, par Gérard Craan (Date de rédaction antérieure : 8 février 2011).

Que dire des "bonnes révolutions 2011", que nous espérions fin 2010 et espérons toujours aujourd’hui, maintenant, dans l’heure ? Dans le monde arabe, particulièrement en Egypte et en Tunisie, les révolutions ne sont pas encore réalisées. Peut-être sont-elles en cours, mais nul le connaît le résultat des mouvements amorcés. C’est que, si la révolte est là, la révolution est encore loin. Les peuples arabes se débarrasseront-ils complètement de leur dirigeants ? Réaliseront-ils l’égalité politique, économique et sociale ? Créeront-ils un nouveau modèle d’émancipation ? refuseront-ils la tutelle parfois discrète, toujours intrusive de l’Occident ?

En Tunisie, des membres du parti de Ben Ali, en voie de dissolution administrative, ont été désignés gouverneurs de provinces et l’administration compte encore nombre de disciples de l’ancien régime. Pour sa part, le peuple égyptien est confronté à la difficulté de poursuivre sa lutte tandis que l’approvisionnement alimentaire se fait rare, que les tentatives de "compromis" avec le pouvoir se multiplient et que Mohammed El-Baradei est déclaré chef de file de l’opposition sans la moindre légitimité populaire. Ailleurs, au Yémen, en Algérie, au Maroc, en Lybie, en Syrie, en Jordanie, en Palestine (et même en Israël), la répression de la contestation naissante est soit féroce soit maquillée par une recomposition gouvernementale factice, des changements pour la forme. Donner un nom de plante, la révolution du "jasmin" ou du "papyrus", ne transforme pas un mouvement social en révolution [1]

Mais les peuples se soulèvent.

Place Tahrir le 08/02/2011
cc sierragoddess

Louis Jazz, immigré [2] au Rwanda, nous donne, avec Tantale, Antonov et condensateurs, une vision cauchemardesque de l’exploitation minière dans un pays où la révolution n’a jamais eu lieu, où le groupe Bolloré profitera de la guerre entre Congo et Rwanda pour faire son blé. Les activités du groupe Bolloré le rendent très proches de l’Etat français.

Mais les peuples se soulèveront.

Côté occidental, les messages qui nous parviennent font peu de cas des exigences sociales et se contentent trop souvent d’évoquer l’avènement de la démocratie dans le monde arabe [3].

Revolution
(cc) Howie Luvzus

Le retour sur la domination capitaliste, la collusion du pouvoir économique et politique des dirigeants occidentaux avec le pouvoir économique et policier des dirigeants arabes est superficiellement analysée. Au mieux polémiquera-t-on sur des événements ponctuels, telle la visite d’agrément de la Ministre française des Affaires Etrangères en Tunisie ou celle du Premier Ministre français en Egypte. C’est oublier, par exemple, la visite en 2007, et avec les honneurs s’il vous plaît, du dirigeant Lybien en France. Et les ventes d’armes qui vont de pair. Olivier Mukuna, avec Sarkozy, l’ennemi des espoirs démocratiques africains met en avant cette complicité sur une plus longue période et de façon plus globale.

Pourtant, l’espoir révolutionnaire existe en Occident aussi. Il paraît seulement un peu plus lointain, dans l’avenir et dans le passé. Tant Gérard Craan que Brian Conlon s’attachent à réactiver la mémoire des révoltes et révolutions passées. Le premier explore des aspects oubliés de la grève de 1960-1961 en Belgique, moment que qualifient certains militants d’insurrectionnel. Mais cela ne fait aucun doute, ce fut un moment où il était certain que des militants voulaient l’insurrection. Ce sont les Témoignages sur la grève de 60-61. Quant au deuxième, il fournit une analyse de la guerre d’Espagne qui, si elle reste un souvenir traumatisant, n’en a pas moins été un laboratoire d’effacement sélectif de la mémoire. La Guerre d’Espagne des souvenirs qui blessent revient sur les raisons qui ont poussé les partis actuellement au pouvoir dans la péninsule à refuser le travail de mémoire qui donnerait à la guerre d’Espagne son véritable statut : une guerre idéologique entre fascistes et républicains. Une volonté de gauche de transformer le monde, de le rendre, juste, libre et social face au maintien de l’ordre établi au profit d’une "élite".

Mais les peuples se sont soulevés. Et nous, avons-nous lutté ?

06/02/2011 : manifestation à Bruxelles en solidarité avec les peuples arabes en lutte
cc Indymedia

A noter encore : pour certains, il faudrait voir en la manifestation "shame" du 23 janvier un premier signe de la révolution en ce plat pays. Une "révolution des frites" suivrait. Pourquoi je n’irai pas manifester le 23 janvier, écrit par Guéric Bosmans et paru dans notre rubrique "A lire !" nous remet sobrement et efficacement les idées en place.

Merci à Brian, Chris, Eric, Gérard, Guéric, Ode et Olivier.

Gérard Craan pour l’équipe du JIM

Notes

[1Plusieurs mouvements sociaux ou réelles révolutions ont été baptisés d’un nom de fleur. Mais on pensera avant tout à la révolution des Oeillets, au Portugal, en 1974.

[2Le terme immigré a volontairement été choisi, en lieu et place d’expatrié. L’explication viendra du deuxième article de la chronique d’Eric.

[3Pour une autre vision, lire notamment "Un noyau dur révolutionnaire naît place Tahrir". Ou encore le Monde Diplomatique de ce mois et ses articles disponibles sur internet

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