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Pourquoi je n’irai pas manifester le 23 janvier

vendredi 21 janvier 2011, par Guéric Bosmans (Date de rédaction antérieure : 18 janvier 2011).

A l’initiative de quelques « citoyens non-identifiés », une manifestation aura lieu ce dimanche 23 janvier. Si l’on en croit certains signes avant-coureurs, celle-ci risque de connaître un certain succès.

Différentes critiques ont été exprimées par rapport à cette initiative. Les organisateurs ont publié dans le journal Le Soir du 17 janvier 2011 un texte pour y répondre et préciser leur projet.

Pour être clair d’entrée de jeu, j’étais dés le début sceptique. Après lecture de ce texte, je suis convaincu de la nocivité de cette initiative. Ce texte pose de nombreux problèmes, tant au niveau de la forme que du fond.

Au niveau du fond

Commençons par la fin du texte. Les marcheurs de dimanche après-midi seront « animés par un unique objectif : doter notre nation d’une politique nouvelle et différente ». Ces quelques mots expriment a priori une idée inoffensive et bienveillante, frappée du sceau du bon sens. Mais un peu d’analyse critique fait apparaître des questions fondamentales : quels seraient les contours de cette politique nouvelle et différente ? Nouvelle par rapport à quoi ? Différente de quelle(s) autre(s) politique(s). De même, le concept de « nation » ne peut être utilisé à la légère et gagnerait à être précisé.

Les organisateurs insistent pour que les « sympathisants n’[affichent] au cours de l’événement aucun signe d’appartenance politique ». On veut donc une politique nouvelle et différente mais on demande de ne pas s’identifier politiquement lors de la manifestation. Curieuse vision de la démocratie… Par ailleurs, comment les organisateurs se positionnent-ils face au soutien apporté –par naïveté ou opportunisme- par des organisations politiques (PTB, Mouvement des jeunes socialistes, …) ?

Mais les organisateurs sont conscients de ce problème. Ou plutôt, du fait que cet apolitisme pose problème à certains. A la question « comment vous situez-vous politiquement ? », ils choisissent de ne pas répondre et de dénoncer un « carcan politico-communautaire ». Encore une fois, on demande une politique nouvelle et différente mais on refuse de se positionner politiquement. Ce n’est pas ma vision de la démocratie.

Reconnaissons néanmoins que les signataires « n’ [exigent] rien d’autre qu’un gouvernement qui puisse rendre à tous les Belges confiance dans leur avenir, qui veille à protéger le niveau de vie de tous et qui s’emploie à dépasser les différends qui nous paralysent depuis quatre ans ». Mais en refusant de se prononcer sur les moyens devant être mis en œuvre pour arriver à ces fins. Pour le même prix, le texte aurait pu contenir un appel à la paix dans le monde !

Enfin, les signataires semblent considérer que les conflits qui paralysent actuellement la formation d’un gouvernement fédéral datent d’il y a quatre ans. C’est ignorer les racines profondes de ces problématiques dans l’histoire de la Belgique.

Sur la forme

Le choix d’un certain vocabulaire n’est jamais innocent et les mots mobilisés ont un sens.

Ainsi, parler de « chamailleries » pour qualifier les conflits politiques passe sous silence les enjeux socio-économiques et les différences entre les projets politiques en présence.

Utiliser à plusieurs reprises le terme « politiciens » relève d’un champ lexical populiste et démagogique. Encore plus lorsque l’on « tient tous les politiciens qui sont ou ont été impliqués dans ces négociations pour responsables de cette situation : qu’ils soient de droite ou de gauche, Wallons ou Flamands ». Dis de manière plus courte et triviale : « Tous pourris ».

En somme, l’esprit de cette initiative rabaisse la constitution d’un gouvernement à un simple acte technique, dans un souci de bonne gestion responsable. Faire appel à un « gouvernement qui nous dirige en fonction de nos intérêts communs » procède de la même logique. Cela permet d’évacuer toute discussion politique sur la vision que nous avons –nous, citoyens et électeurs- de notre société et de son avenir. Cela participe d’une logique de dépolitisation de la société. Cette logique est dangereuse. Car la démocratie ne peut exister que par des conflits, des débats et des compromis sur base de véritables projets politiques assumés comme tels.

Voilà pourquoi le 23 janvier, je resterai dans mon lit douillet !

Guéric Bosmans

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