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Editorial n°15 - Cultiver la résistance

dimanche 12 décembre 2010, par Ode

La culture de la résistance, c’est une culture bâtie par des artistes souhaitant exprimer leur désaccord face à un ou plusieurs aspects de la société qui les accueille, mais c’est également une culture qui s’écarte de la culture de masse, qui tend à uniformiser et engourdir son public : la culture de la résistance c’est aussi la culture de la différence.

Le JIM a souhaité teinter ce numéro de quelques touches de culture engagée, sans avoir la prétention de dépeindre la toile complète de cet univers en constante évolution. Il est donc probable, comme pour la plupart de nos thèmes, qu’un autre numéro y sera consacré ultérieurement.

La culture de la résistance c’est un ensemble de créations qui expriment un désaccord face aux inégalités et aux dysfonctionnements sociaux, mais c’est également une culture de la différence, une culture qui se distingue de la culture dominante. En effet, elle véhicule des idées qui nécessitent bien souvent réflexion, ou du moins déconstruction de lieux communs, ce qui ne se fait pas sans efforts, rendant cette culture moins « accessible ». De telles créations trouvent conséquemment peu de soutien auprès des gros organismes de diffusion, ceux-là même qui privilégient la circulation de l’argent à celui de la pensée et de la créativité, mais aussi qui assurent une visibilité plus marquée des créations qu’ils parrainent. Et dans certains cas, les artistes eux-mêmes refusent de passer par de tels organismes, ne voulant pas que leurs créations alimentent un système contre lequel ils se battent. Les formes d’expression issues de cette culture de la résistance présentent donc généralement une visibilité très faible, ce qui renforce la différence de cette dernière par rapport à la culture dominante.

L’art engagé, comme tout art, est susceptible de s’exprimer sous de multiples formes. L’une d’entre elles est la bande dessinée. Morgan Di Salvia nous présente un de ses auteurs engagés : Baru. Ce dernier centre ses récits sur l’homme de peu et le fait évoluer au sein de l’univers de domination qu’il subit. La classe ouvrière occupe donc une place importante au sein de ses œuvres. D’autres ouvrages font écho au propos de Baru et sont mentionnés en fin d’article, pour les amateurs du genre.

Une autre forme est le cinéma. Si certains films à gros budget et à large distribution comportent des éléments de résistance (Fight Club, Matrix,…) il en existe de nombreux autres qui ne bénéficient pas d’une telle visibilité car jugés trop « difficiles » par les grands complexes cinématographiques. Le cinéma Nova, ASBL gérée par un collectif de bénévoles, s’attèle à mettre ces productions en lumière, mais s’érige aussi comme espace de débat sur des sujets animant la société. Le Nova est là pour nous rappeler que le cinéma ne se réduit pas aux productions encaustiquées jusqu’à l’uniformisation diffusées par les monstres commerciaux.

La sphère littéraire est également très riche en éléments de résistance. Dans le domaine de la fiction littéraire, un sous-genre fit son apparition dans la France de l’après 68 : le « néo-polar », qualifié de « révolutionnaire » par Ernest Mandel dans ses écrits datant de 1986. Ce dernier décrit ce genre littéraire comme une remise en question de l’Etat et de ses institutions : la violence n’y est plus le fruit de quelques individus isolés, mais des appareils d’Etat, police y comprise. La violence antagoniste des laissés-pour-compte apparaît, comparativement, comme insignifiante.

Le JIM publie également un poème de Taha Adnan, poète marocain résidant en Belgique. A travers ce poème écrit en réaction au meurtre d’un jeune Libérien en 1999, le poète dénonce la violence et le racisme policiers à New York (le texte original, en arabe, est disponible ici).

Au même titre que le cinéma, la littérature comporte des ouvrages différents qui ne seront pas toujours bien accueillis par les grandes maisons d’édition. Peut-être trouveront-ils alors une voie d’expression aux Editions Aden, une maison d’édition belge qui souhaite bousculer les idées reçues en apportant des outils de décodage des réalités sociales. Une brève description de cette maison d’édition est suivie d’une interview, par Christine Oisel, de Julie, collaboratrice de Gilles aux librairies Aden.

L’information relative à la culture de la résistance trouve très peu d’écho auprès des médias dominants qui participent très largement à l’expansion et l’uniformisation de tous types d’information. En effet, faire réfléchir le public n’est pas une priorité, cela pourrait nuire à l’audimat. Ce sont donc, de préférence, des idées communément admises qui circulent par le biais des médias dominants, idées qui bien souvent valident le système en place. De plus, les sources d’information sont souvent très peu diversifiées, de même que les sujets abordés… Le prochain numéro du JIM, sur les médias, abordera ces questions de façon plus approfondie.

Le numéro 15 du JIM proposait également deux textes hors-thème : dans son article « A quand le procès de la filière américaine ? », Olivier Grévin souligne la forte similitude entre l’OTAN et une association terroriste d’après la définition qui en est faite dans la loi belge, tandis que Patrick Gillard propose une application du matérialisme dialectique aux conflits linguistiques en Belgique dans sa réflexion intitulée « La complexité du monde : mythe ou réalité ? ».

Ode pour l’équipe du JIM

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