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Editorial n°10

mardi 13 juillet 2010, par Christine Oisel

Juin-Juillet - JIM10 {JPEG}
Les mots sont importants. Permettant de travestir, d’édulcorer voire de transformer une réalité afin de mieux l’imposer, ils constituent depuis toujours un outil de propagande essentiel aux mains des classes dominantes afin de maintenir leur ordre mondial. Ce constat, le collectif du même nom le pose depuis une dizaine d’années et fournit un travail remarquable d’analyse et de questionnement que le JIM a voulu mettre en lumière en publiant l’article de Pierre Tévanian et Sylvie Tissot "Pourquoi les mots sont importants : 2000/2010".

Au sein du JIM, nous essayons de travailler régulièrement sur l’importance des mots, notamment par le biais de notre rubrique Les mots des maux. "Ethique", "sécurité", "violence", "capital humain", autant de notions - et il y en a beaucoup d’autres - qu’il faut savoir appréhender avec la plus grande attention si l’on veut percevoir les enjeux de société réels qu’elles dissimulent. L’exemple des "réformes" est, à ce titre, tout à fait représentatif... et préoccupant : derrière un terme à connotation positive et, dirons-nous, progressiste se cache la remise en question brutale de conquis sociaux que l’on pensait, il y a encore 20 ans, indestructibles. Il en va ainsi de notre système de retraites, profondément mis en cause dans nos "démocraties" capitalistes. Et pourtant, comme nous le rappelle Luca Ciccia, Sauver les retraites, c’est sauver la démocratie ! .

Les mots contribuent également à perpétuer les rôles assignés à certaines catégories de personnes au sein de la société, comme par exemple les femmes. Vous savez, ces êtres "naturellement" soumis, dociles et voués au service des autres. Dans la sphère professionnelle, ces caractères semblent pour certains s’incarner parfaitement dans la figure de la secrétaire. Est-ce étonnant dès lors qu’ils confondent la journée des secrétaires avec la journée de la femme ? Ernestine Dupont nous livre son témoignage-coup de gueule et pose la question : s’agit-il d’Une assimilation anodine ?.

Ces mots si importants, nous les lisons, quotidiennement ou de temps à autre, dans les médias écrits. Il a beaucoup à dire sur le conformisme du discours médiatique, la pauvreté de l’analyse ou la complaisance envers le pouvoir politique et économique. Les alternatives papier existent mais sont très peu visibles à côté des géants de la presse et résistent difficilement au choc de la loi de marché. La concentration des médias est préoccupante : seuls quelques groupes d’éditeurs détiennent la majorité des titres présents dans nos librairies. Et les libraires qui souhaitent proposer du choix sont confrontés à un quasi monopole non seulement des éditeurs mais également des distributeurs, comme AMP. Chris B et Donya Feki ont rencontré Alexandre Ribadière qui explique comment, en tant que libraire indépendant, il tente avec d’autres de lutter contre ce géant de la distribution. Une rencontre à lire dans Les libraires en colère.

Les mots, les mots, les mots... Quand on les aime, quand on les soigne, quand on veut les analyser, les comprendre et les expliquer, se pose la question de leur présentation et de la méthode à adopter. Et si on les classait de A à Z ? Cela s’appelle un abécédaire et c’est ce que Vince Er nous propose au travers d’une chronique alphabétique consacrée à l’exploration philosophique. Commençons en toute logique avec la lettre A comme …Abécédaire.

Parmi les mots-stars en cette période estivale, le "voyage" et les "vacances" semblent faire partie du vocabulaire de chacun. Vraiment ? Eh bien non, tout le monde ne voyage pas. "Chez nous", en Occident, même si elles se sont relativement démocratisées, les vacances restent encore inaccessibles pour nombre de ménages précaires. Mais l’impossibilité de voyager est une vérité bien plus générale si l’on regarde du côté de l’Afrique ou de l’Amérique du Sud. Car si les Occidentaux peuvent décider de voyager ou de s’établir à peu près partout dans le monde, il n’en va pas de même pour les gens du Sud, confrontés à nos lois sur l’immigration et à nos frontières fermées. Chafik Allal nous invite à réfléchir sur certains de nos réflexes occidentalistes et, pourquoi pas, à pratiquer Un ramadan du voyage.

Les mots peuvent endormir ou réveiller ; reproduire ou créer ; asservir ou libérer. Dans tous les cas, leur maitrise constitue l’un des premiers outils à acquérir si l’on entend agir sur le monde et, soyons réalistes, demandons l’impossible ! [1], l’émanciper, l’arracher du joug capitaliste pour construire une société juste et solidaire. La question du "comment" lutter est importante et reviendra dans le JIM à la rentrée. Certains préfèrent imaginer ce qui se passerait après une révolution. C’est le cas de Jacques Doillon qui, dans "L’An 01", met nos rêves en images. Une critique ciné de Gérard Craan : Mardi 15h, on arrête tout : L’An 01 de Jacques Doillon et Gébé.

Merci à Chris, Chafik, Christine, Donya, Ernestine, Gérard, Luca, Pierre, Sylvie et Vince qui ont participé à ce numéro.

Christine Oisel, pour l’équipe du JIM

Bannière : Ode

L’équipe du JIM va profiter de l’été pour se reposer, bouquiner, prendre l’air, bref se ressourcer et vous proposer un JIM tonique à la rentrée !

En attendant, nous ne vous laissons pas sans rien. Le JIM vous propose de (re)découvrir certains de nos articles parus depuis le début du projet, il y a presque un an.

Bonne lecture et à bientôt !

C.O.

Notes

[1Citation d’Ernesto "Che" Guevara

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