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Edito n°9

dimanche 13 juin 2010, par Gérard Craan


Si ce n’est par ses brèves, le Journal Indépendant et Militant réagit rarement à chaud à l’actualité. Nous aurions pourtant aimé avoir un article de fond sur la Palestine. Sur l’historique du conflit, le sionisme, l’étouffement de Gaza, l’appropriation des ressources en eau, le mur, la vie au quotidien, l’attitude des pays occidentaux [1], l’hypocrisie des pays arabes. Ou plus simplement sur ces nouvelles brigades internationales, à vocation humanitaire faute de mieux : empêcher les Palestiniens de crever est devenu un objectif en soi.

Nous n’avons parlé de la lutte du peuple palestinien qu’au travers de nos brèves ainsi que par la publication d’une carte blanche ignorée des grands médias Carte blanche : La Belgique, complice de crimes de guerre ?. Nous encourageons chacun à soutenir, d’une manière ou d’une autre, les peuples en lutte, dont les Palestiniens sont une constituante historique et spécifique. Une façon utile de se joindre à ce combat est de rallier la plate-forme Boycott-Désinvestissements-Sanctions qui vise à contraindre Israël à conférer des droits et un état aux Palestiniens autrement que par des ronds-de-jambes diplomatiques.

Dans ce numéro, nous avons donc proposé des articles qui abordent d’autres sujets, parfois moins connus.

En Afghanistan aussi, certains se battent. Leurs motifs ne sont pas toujours légitimes, loin de là. Ceux de ses envahisseurs ne le sont pas plus. La Belgique s’est rangée du côté de la "grande coalition" de l’OTAN et y a envoyé des troupes. De retour sur le sol belge en juillet 2001, Nizar Trabelsi a servi d’épouvantail idéal à la distillation de la peur du terrorisme. Militant islamiste, il a été arrêté en 2001. Le... 12 septembre. Il a très vite reconnu sa volonté de faire sauter la base militaire de Kleine Brogel, alors que le projet s’avérait complètement farfelu. Luk Vervaet, qui l’a longtemps côtoyé en prison, nous donne sa vision d’un homme menacé d’être extradé vers les Etats-Unis (et d’y être condamné une nouvelle fois) et victime de conditions de détention dignes de la torture "blanche" [2]. C’est à lire dans Extradition vers les USA : double-peine pour Nizar Trabelsi ?.

Mais La guerre ne se fait pas seulement avec des missiles, des avions et des chars : elle se fait depuis toujours avec des mots, phrase reprise par le Collectif Le Ressort [3] auteur de l’article La guerre des mots. Et, tiens, le premier exemple de cette guerre des mots nous vient du Proche-Orient : Devons-nous dire « Israël », l’« entité sioniste », la « Palestine occupée » ? « Intifada », « nouvel Holocauste » ou « lutte d’indépendance » ? Ce bout de terre est-il « contesté » ou « occupé » ? Et doit-il être « donné » ou « rendu » ? Un responsable politique israélien qui croit que seule la violence peut protéger son peuple est appelé un « faucon ». A-t-on jamais entendu parler d’un « faucon » palestinien ? Non, c’est un « extrémiste » ou un « terroriste » ?. Au-delà, les capitalistes au pouvoir usent et abusent de détournement de sens, de néologismes, de mots-écrans. La campagne électorale en cours nous donne un bon aperçu de l’attirail utilisé par le pouvoir pour tenter de masquer ce qu’il ne peut réellement taire. l’information de diversion des vrais problèmes avec, bien entendu, le communautaire. Ou encore la manipulation du langage. Les plans d’économie à venir, ce n’est pas de "l’austérité" (vocable utilisé par le passé) mais de la "rigueur". Nombreux sont ceux qui parlent de "nouvelles recettes", en fait des projets de taxes multiples : sur le carbone, sur les grosse fortunes, sur les transactions financières, sortes de potions magiques jamais utilisées. Ainsi, ils évitent d’aborder la "baisse des dépenses" qui touchera les plus pauvres. On parle de revoir les intérêts notionnels, pour en fait mieux les conserver, etc. etc.

Une autre machine se met également en œuvre. Face à l’éventualité d’un taux d’abstention élevé, les discours relevant l’importance du vote se sont succédé. Le JIM a publié deux articles sur la question. Le premier présente l’opinion, tranchée, d’Olivier sur le rôle de stabilisateur du système électoral, Pour ne rien changer : votez !. Le second pose la question : Le changement par les urnes, vous y croyez ? à des militants de gauche qui expliquent leur position quant au vote. Certains sont par ailleurs candidats aux élections. Le débat n’est pas facile, alors même que la position sur le vote est, entre guillemets, parasitée par un vote ou un non-vote protestataire lié au communautaire et pas au rôle des élections pour les luttes sociales. Et c’est bien le développement des ces luttes qui amène les personnes interviewées à voter… ou pas. Pour le JIM, qui n’a pas de « position officielle » à défendre [4], les élections ne représentent de toute façon qu’un élément parmi d’autres dans la question de la lutte. Juste voter ou juste s’abstenir, et ne rien faire à côté, ça ne sert à rien. C’est dans leur multiplication, leur diversité et leur capacité à être solidaires que toutes les « petites » luttes parviendront à faire changer le système.

Enfin, soulignons encore l’article de Fabien Truong, Enseigner Pierre Bourdieu dans le 9-3 : ce que parler veut dire, consacré à l’enseignement des théories de domination et de reproduction sociale développées par Pierre Bourdieu à des élèves qui... sont dominés socialement, économiquement, culturellement et scolairement. Autrement dit, comment faire comprendre à ces élèves que leur situation est statistiquement condamnée, sans pour autant les condamner eux. Bonne lecture.

Pour finir, le mois de mai fut l’occasion pour l’équipe de faire un premier bilan du projet, de se féliciter de ce qui marche bien et de chercher comment améliorer nos points faibles… Et le JIM a encore et toujours besoin d’articles et d’auteurs. N’hésitez pas à nous contacter si le projet vous inspire.



Merci à Christine, Fabien, Gérard, Luk, Ode et Olivier pour leur contribution à ce numéro.



Pour l’équipe du JIM, Gérard Craan
Bannière : Ode

Notes

[1Dont la Belgique, qui s’est sagement abstenue au Conseil de sécurité des Nations Unies sur la question d’une enquête impartiale

[2La torture blanche est une privation de stimulus : isolement, réveils brutaux, éclairages et bruits intempestifs, etc.

[3et extraite de Marc Jacquemain et Corinne Gobin, « La guerre des mots », La Libre Belgique, 9-10 décembre 2006

[4La première position officielle du JIM étant Notre Charte.

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