Accueil > Numéros > Numéro 9 > Extradition vers les USA : double-peine pour Nizar Trabelsi (...)

Extradition vers les USA : double-peine pour Nizar Trabelsi ?

dimanche 30 mai 2010, par Luk Vervaet

Luk Vervaet a été pendant pendant plusieurs années un visiteur de Nizar Trabelsi en prison. Ce texte résulte d’entretiens directs qu’il a eus avec ce dernier.
Il nous livre, d’une part, l’analyse d’un mécanisme de lutte contre des personnes qui ressemble plus à de l’abus et à de l’injustice ; et, d’autre part, sa conviction par rapport à un homme qui souffre en prison.

Le jeudi 29 avril, un tribunal de Bruxelles a examiné pour la dernière
fois, en séance extraordinaire, le dossier de l’extradition de Nizar
Trabelsi aux États-Unis. Il s’agissait plus particulièrement de savoir
si accepter son extradition équivaut pratiquement à signer son arrêt de
mort.
En effet, dans une lettre du 11 novembre 2009 concernant la peine qui
lui serait éventuellement infligée, le ministre américain de la Justice
a déclaré sans détours que Trabelsi risque d’être exposé à « deux
fois la perpétué sans possibilité de remise de peine » (two times life
without parole). Lorsque le tribunal de Bruxelles aura formulé son avis,
il reviendra au ministre de la Justice de trancher. Depuis décembre 2009,
une procédure a été introduite par la défense de Trabelsi devant la
Cour européenne de Strasbourg afin d’empêcher une éventuelle
extradition.

Trabelsi : du footballeur professionnel au terroriste amateur

En juillet 2010, Nizar Trabelsi, ancienne vedette internationale de
football, qui a joué jadis pour la Tunisie, la Belgique et l’Allemagne,
aura 40 ans. A ce moment, il aura passé près d’un quart de sa vie dans
une cellule de prison en Belgique.
Il y a 10 ans, en septembre 2000, Trabelsi est parti au Pakistan et ensuite en Afghanistan. Avec son argent, il a aidé à y construire des mosquées et des puits d’eau. Il y aboutira dans un camp d’entraînement. Selon ses propres dires, il est revenu avec le plan de commettre un attentat contre la base militaire de Kleine Brogel, qui abrite des armes nucléaires et des militaires américains.

Ce retour en Belgique s’est effectué en juillet 2001. Le 11 septembre 2001, des avions se sont écrasés contre les tours de New York.
Le monde s’est arrêté pendant un instant. Immédiatement, l’ensemble
du monde occidental a préparé la riposte. A peine un jour après nine
eleven
, la police belge a arrêté Nizar Trabelsi à Bruxelles. Elle n’a
dû ni le dépister ni le chercher. Il a suffi de sonner à la porte de son
appartement et de lui passer les menottes. Tous ses faits et gestes, depuis son départ et son séjour en Afghanistan jusqu’à son retour en
Belgique, étaient parfaitement connus des services de sécurité.

Plutôt qu’une intervention judiciaire et policière impérieuse, cette
arrestation-éclair devait servir de signal politique. Elle transmettait le
message qu’un scénario WTC américain avait été empêché en Belgique
 : un émissaire d’Oussama Ben Laden avait été arrêté dans la capitale
de l’Europe, alors qu’il préparait un attentat. Que Trabelsi ne
disposait ni du professionnalisme, ni des réseaux de contacts, ni des
planques, ni de l’argent, ni des armes dont avaient disposé les auteurs
de l’attaque contre les tours de New York, n’y fit rien.
Alors qu’aucune preuve tangible n’est venue étayer la thèse que les
attentats de New York étaient l’œuvre de Ben Laden, chez Trabelsi on a
trouvé ce qu’il fallait. Très rapidement, il avouera en détail tout ce
qu’il avait dans son esprit : de ses bons contacts et de son admiration
sans limites pour Ben Laden jusqu’à son plan précis en vue de commettre
un attentat. Aussi, les Américains viendront-ils se mêler dès le premier
jour du cas de ce « lieutenant de Ben Laden » en prison : ils étaient
présents aux séances du procès, ils sont venus l’interroger à
plusieurs reprises en Belgique et ils lui ont même proposé un deal pour
qu’il fournisse des informations sur l’identité de « la taupe » au
sein de la base de Kleine Brogel. [1]

Trabelsi de son côté, fidèle à son rôle de vedette internationale,
s’est prêté avec complaisance au rôle d’icône de l’islamisme
radical. Mais il ne devait échapper à personne que Trabelsi n’avait
rien d’un terroriste endurci. Il reconnaissait ouvertement, sans aucune forme de contrainte de la part des enquêteurs, les intentions qu’il nourrissait. Dans ses déclarations à la presse, il affirmait qu’après sa libération il ne comptait plus que s’occuper de sa famille et qu’il n’avait nullement l’intention de faire de la peine à qui que ce soit.

La peine maximale en Belgique, en Tunisie et aux Etats-Unis

Après deux années de détention préventive, Trabelsi a été condamné
en 2003 en Belgique à la peine maximale de 10 ans d’enfermement
effectif « pour avoir planifié un attentat terroriste ». La Belgique ne
serait pas la seule à le condamner. La Tunisie et les Etats-Unis en
feraient de même.
Parce qu’il dispose de la nationalité tunisienne, son affaire est passée en janvier 2005 devant un tribunal militaire tunisien qui l’a condamné à 20 ans de prison pour « appartenance à une organisation terroriste étrangère en temps de paix ».
En avril 2006, son affaire a été traitée devant le Grand Jury Fédéral de Washington D.C. (District de Columbia) aux Etats-Unis. Celui-ci l’a inculpé d’ « appartenance à une association de malfaiteurs ayant pour but
d’assassiner des citoyens américains, d’utiliser des armes de
destruction massive, et soutien matériel et effectif à une organisation
terroriste étrangère (en l’occurrence Al Qaida). » Les Etats-Unis ont
demandé ensuite son extradition [2] [3].
L’appartenance à une association de malfaiteurs ayant pour but de commettre des attentats terroristes est passible aux Etats-Unis d’une peine maximale d’emprisonnement à perpétuité, dans son cas deux fois la perpétuité, sans possibilité de rémission de peine. Le soutien à une organisation terroriste est passible de 15 ans de prison, dans son cas deux fois [4].
Le 19 novembre 2008, la Chambre du conseil de Nivelles a décidé de donner le feu vers à son extradition [5] [6].

De football à punching ball.

A cause de son étiquette de « terroriste », Trabelsi a été soumis au
régime d’incarcération le plus sévère envisageable en Belgique.
D’abord, il a été transféré sans cesse d’une prison à une autre :
de Lantin, à Arlon, à Ittre, à Nivelles, à Bruges et retour.
Ensuite, il a été enfermé régulièrement, non par mesure disciplinaire, mais pour des raisons ‘administratives’, dans une cellule spéciale de haute sécurité (maximum security unit), sorte de prison à l’intérieur de la
prison, dans le Bloc U à Lantin ou la section AIBV (section de mesures de
sécurité individuelles particulières) à Bruges. Ce régime d’isolement total a été instauré sur ordre des plus hautes autorités pénitentiaires, contre tout avis médical, contre l’avis de certains directeurs de prison, malgré les recours répétés introduits par ses avocats et malgré ses grèves de la faim [7].
Enfin, suite à sa condamnation pour terrorisme, Trabelsi s’est vu refuser pendant ces neuf années toute possibilité de réduction de peine prévue par la loi ou toute possibilité de réintégration. A partir de 2004, Trabelsi pouvait éventuellement prétendre à un congé pénitentiaire. On ne lui a jamais accordé un seul jour. A partir de 2005, il pouvait solliciter une
libération conditionnelle. Refusée. De même, sa demande d’asile politique en Belgique, la même année. Refusée.

Trabelsi s’est avéré être le punching ball rêvé des spécialistes
de l’antiterrorisme. En mettant en avant son affaire, ceux-ci ont pu décréter une alerte
terroriste pendant des mois et arrêter des islamistes suspects. Alors que
dans le monde entier le passage au nouvel an en 2007 se fêtait sous les
feux d’artifice, Bruxelles a été la seule ville européenne à
interdire le feu d’artifice pour cause de « menace terroriste ». [8]. Il s’agissait prétendument de plans d’évasion de Trabelsi pendant son transfert d’Arlon à Lantin. Les questions au parlement à propos du « 
sérieux » de cette opération antiterroriste sont restées sans réponse
et Trabelsi n’a jamais été interrogé ni inculpé à propos de cette
affaire. En novembre 2008, il a été transféré de la prison de Nivelles
à celle d’Ittre, après que des rumeurs aient évoqué son intention de
s’échapper de Nivelles. En décembre 2008, il a été transféré
d’Ittre à Bruges, parce qu’il aurait dirigé à partir de la prison le
bras belge d’Al Qaida. Lorsque Ashraf Sekkaki s’évade de la prison de
Bruges en juillet 2009 à l’aide d’un hélicoptère, Trabelsi, qui se
trouvait à ce moment dans le Bloc U à Lantin, à été lié à cette
affaire et quelque semaines plus tard « des lames de rasoir ont été
découvertes à proximité de sa cellule ». Son transfert à Bruges a
suivi immédiatement et son isolement a encore été renforcé : hormis les
membres de sa famille, personne ne peut plus visiter Trabelsi depuis août
2009 [9].

Condamnation à mort ou asile.

La Belgique est impliquée dans la guerre américaine contre
l’Afghanistan depuis aussi longtemps que Trabelsi est en prison. Trabelsi
est le genre de personnes que nos soldats combattent en Afghanistan. Son procès, son éventuelle extradition, son isolement depuis des années, ont moins rapport à une justice équilibrée qu’ils ne sont des séquelles inévitables de cette guerre.
La Belgique est bien trop partie prenante pour juger Trabelsi de manière impartiale et ceux pour qui notre pays se bat en Afghanistan, notamment les Etats-Unis, n’y sont en aucun cas capables.

Je plaide pour l’armistice. Pour l’arrêt de l’engagement belge en Afghanistan. 10 années de guerre sans issue, c’est assez.
Je plaide pour que la justice belge refuse l’extradition de Trabelsi aux
Etats-Unis.

Je plaide pour la mise en œuvre d’un dialogue avec ceux qui
prennent les armes contre nous ou souhaitent le faire, avec les Trabelsi et les autres que nous regroupons sous des dénominateurs tels que « réseau kamikaze pour l’Irak de Muriel Degauque » ou « filière afghane de Malika al Arud ».
Les Britanniques l’ont fait avec succès en Irlande du
Nord avec l’Ira et le Sinn Fein.
L’affaire Trabelsi est peut-être l’occasion de renouer avec une autre vieille tradition. Le président Mitterrand a accordé en 1985 l’asile politique en France à quelques centaines de membres des Brigades Rouges italiennes parce qu’ils n’avaient aucune chance de bénéficier d’un procès équitable en Italie et ce à condition qu’ils renoncent à la lutte armée. Le président brésilien a fait la même chose en 2009 pour Cesare Battisti des Prolétaires Armés pour le Communisme (PAC), dont l’Italie demandait l’extradition suite à sa condamnation à perpétuité pour quatre homicides. Qu’est-ce qui empêche la Belgique d’en faire autant ?



Luk Vervaet, enseignant en milieu carcéral


Pour mieux comprendre les mécanismes de lutte anti-terroriste mis en place depuis le 11 septembre 2001, notre article sur la violence légale en trois parties est consultable ici :
Quand ils viendront chercher un juif,
Quand ils viendront chercher un communiste et Quand ils viendront nous chercher....




Connaître, comprendre

Lorsque les Etats-Unis ont demandé son extradition en 2008, j’ai
décidé de rendre visiter à Trabelsi dans la prison de Lantin. Ces
visites se sont déroulées dans les règles, avec la demande officielle
requise, screening, autorisation, fouille, gardien à la porte lors de
chaque visite. Dans des articles du journaliste Claude Demelenne, du
sénateur MR Destexhe et de Nadia Geerts, le trio qui organise en Belgique francophone la chasse médiatique contre les « islamo-gauchistes », il a été suggéré que j’entretenais des « liens douteux » avec le « terroriste Nizar Trabelsi », et, selon eux, mon licenciement comme enseignant en milieu carcéral en août 2009 pour des raisons de sécurité (gardées secrètes) était dès lors « justifié et normal » [10]. Ainsi, l’affaire Trabelsi a également offert l’occasion en Belgique d’instaurer une interdiction professionnelle pour ceux qui lui rendent visite.

A propos des mes « rapports douteux » avec Trabelsi, je souhaite
apporter les quelques observations suivantes.

D’abord, et ceci n’est évidemment pas en soi un argument dans la
discussion, mais face à l’imagerie ambiante sur le genre de « monstres
et de barbares » que nous combattons en Afghanistan, cette précision
n’est pas inutile : l’homme menotté, portant une barbe religieuse,
dont vous voyez de temps en temps la photo dans votre journal est un Homme, comme vous et moi. Il a évidemment aussi acquis une renommée parmi les détenus. Du « prosélytisme » dira-t-on.
C’est un avocat qui m’a fait le récit qui suit, et non Trabelsi lui-même : une des rares fois où il ne se trouvait pas dans une unité spéciale de sécurité, un Belge condamné à perpétuité occupait la cellule voisine de la sienne. L’homme était dépressif, ne sortait plus de la cellule, ne faisait que fumer, ne se lavait presque jamais et mangeait à peine. Trabelsi lui a remonté le moral. L’homme a confié à son avocat : « Si jamais on
m’accorde le droit à un congé pénitentiaire, c’est Trabelsi que
j’irai visiter en premier ».

Le prisonnier que j’ai rencontré durant mes visites à Lantin, était, après presque neuf ans de prison, physiquement mais surtout psychiquement, un homme blessé. Il m’a beaucoup parlé de la mort, mais surtout
des enfants. Jusqu’à l’obsession, disent certains. Lorsque je lui ai
rendu visite, il a sorti son cahier de coupures de journaux qu’il a
confectionné au fil des années. La plupart des articles et des photos
concernent des enfants assassinés dans les guerres en Irak, en Afghanistan et en Palestine. « Palestine, Palestine » : davantage que le nom de l’Afghanistan ou de l’Irak, c’est celui de la Palestine qui revient
toujours. Il m’a montré une photo d’un enfant palestinien, la tête
seulement, sans corps. « Si jamais j’écris un livre, cette photo doit
figurer à la première page », insistait-il, lorsque j’essayais de
protester et lui faisais observer que ce ne serait probablement pas le
meilleur argument de vente de son livre. Trabelsi a perdu un enfant lui
aussi, perte dont il ne s’est manifestement toujours pas remis et dont il
a du mal à parler.

En disant certaines choses sur Trabelsi je ne souhaite pas en faire un
martyr, une source d’inspiration ou une victime innocente. Je veux
seulement écarter certains clichés diffusés sur le « terroriste
international Trabelsi » et mettre à jour la véritable question dans
cette affaire.

Trabelsi était un footballeur international talentueux et reconnu, un homme qui, jusqu’à ses vingt-cinq ans, ne s’était occupé
que de carrière, de succès et d’argent et qui ne s’était jamais
préoccupé de religion, voire de violence. Qu’est-ce qui l’a amené en
Afghanistan ? Comment en est-il arrivé à dépenser presque tout son
argent dans des projets humanitaires ? Et ensuite à revenir en Belgique
avec le plan de commettre un attentat ?

Naomi Klein a posé la même question quand elle écrivait sur les
attentats à la bombe avortés à Londres en 2005. Dans son article « 
Terror’s Greatest Recruitment Tool » (11 août 2005), elle écrivait : « 
La Repubblica mentionne qu’Hussain Osman, l’un des hommes suspectés
d’avoir participé à la tentative d’attentats à la bombe à Londres
le 21 juillet (il a été arrêté à Rome le 29 juillet 2005), avait
expliqué aux enquêteurs italiens qu’ils préparaient les attentats « 
en regardant des films sur la guerre en Irak ». Surtout les films qui
montraient « des femmes et des enfants assassinés par les soldats
britanniques et américains… ou des veuves, des mères et des filles en
pleurs… ». Et de préciser : « ce qu’Osman révèle c’est notre
tolérance face à la barbarie, commise en notre nom, qui nourrit le
terrorisme ».

Moi-même, je n’avais pas de réponse à la question de savoir ce que l’affaire Trabelsi pouvait nous apprendre. La question n’a même pas été posée en Belgique.
Mes « liens douteux » avec Trabelsi ont consisté à l’encourager à écrire son récit. Ce à quoi il s’est consacré pendant des semaines dans sa cellule d’isolement.

Nous n’avons pas pu achever le travail parce que depuis son transfert de
Lantin à Bruges en août 2009, j’ai d’abord était rayé de sa liste
de visiteurs et ensuite parce que j’ai été interdit d’accès à
toutes les prisons de Belgique.

Luk Vervaet

P.-S.

Les notes sont de la rédaction

Notes

[1Voir, par exemple, La Libre Belgique, 30 sptembre 2003

[3De multiples questions restent posées quant aux motivations américaines dans la demande d’extradition de Nizar Trabelsi. Des journalistes de médias non alternatifs se sont même posés des questions

[4Si Nizar Trabelsi est extradé, il devra être jugé et, plus que probablement, condamné une seconde fois. C’est ce que dit la défense, qui soutient que les arguments américains pour extrader Nizar Trabelsi ne sont pas clairs, et risquent d’être les mêmes que ceux pour lesquels il a déjà été jugé en Belgique.

[5Le Soir, 24 novembre 2008, Solidaire et La Libre Belgique, 17 mars 2010. En comparaison, deux Belges détenus à Guantanamo ne seront pas extradés des Etats-Unis sur demande de la Belgique...

[6Gareth Peirce, avocate et journaliste britannique, a consacré une partie de ses travaux aux condamnations extraordinaires en Grande-Bretagne, notamment concernant des militants de l’IRA. Elle a récemment publié un article dans le London Review of Books où elle détaille les processus extraordinaires mis en place par la justice américaine face à des présumés terroristes

[8La Ligue des Droits de l’Homme n’a pas manqué de relever le caractère manipulateur de l’état d’urgence à Bruxelles, mais aussi d’autres médias, comme ici A Voix autre

[9Peu de voix se sont élevées pour défendre Nizar Trabelsi. Le Soir a, pour se part, pu avoir un entretien avec Nizar Trabelsi en 2008

[10Luk Vervaet a eu gain de cause contre l’administration pénitencière qui lui avait interdit d’exercer en prison. Une campagne a été initiée pour le défendre. Aujourd’hui, on sait que c’est uniquement sur la base de ses opinions que Luk Vervaet a été écarté

SPIP | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0