Journal Indépendant et Militant
http://www.lejim.info/spip

Numéro 27 - Nucléaire ? Non, peut-être !?

 


 

Edito n°27
lundi, 15 avril 2013
/ JIM

Bien avant Fukushima, le JIM voulait aborder le nucléaire. Deux fois nous avons essayé. Des réflexions avaient été entamées une bonne dizaine d’auteurs contactés. En vain.
En Belgique, il est difficile de trouver des informations accessibles et indépendantes sur la question.

Ainsi, alors que deux réacteurs nucléaires sont à l’arrêt, Doel 3 et Tihange 2, le très long hiver dont nous sortons n’a pas occasionné les difficultés d’approvisionnement énergétiques attendues. Est-ce à dire que nous n’avons finalement pas besoin du nucléaire ? Que nous pouvons nous en passer ? Il n’y a pourtant pas de réel débat sur cette question.

Ainsi, après plus de 40 ans, il n’y a toujours pas eu de reconnaissance officielle par l’Etat belge de l’entreposage de bombes atomiques à la base militaire de Kleine-Brogel, dans le Limbourg.

Ainsi, les médias laissent-ils trop souvent [1] les seules Electrabel et Agence fédérale de Contrôle nucléaire commenter les incidents de sécurité de « moindre » importance. Lesquels ne seraient jamais révélateurs de problèmes plus graves. Le travail journalistique sur le nucléaire, en dépit des exceptions semble bien bâclé. Et ce malgré les efforts d’associations telles que Greenpeace ou Inter-Environnement [2]. Mais peut-être que lesdites associations devraient mieux s’emparer du sujet. Qu’elles diffusent plus clairement les informations qu’elles collectent. Et aillent au-delà des compilations de communiqués de presse ponctuels sur le nucléaire au profit de synthèses constamment actualisées. Tout cela fait certainement donneur de leçons et la tâche est difficile face au géant Electrabel, plus installé dans les cercles du pouvoir, plus riche et plus puissant. Il suffit de consulter le site du « forum » nucléaire que nous avions déjà dénoncé, dont Electrabel est contributrice importante.

Pour sa part, le JIM a cette fois réussi à consacrer son numéro d’avril-mai au nucléaire. Et pour commencer, mieux vaut savoir ce qu’est la radioactivité, travail de vulgarisation auquel s’est attelé Franz Tofer avec La radioactivité, y avez-vous déjà réfléchi ?. Cela permettra peut-être d’être plus nombreux aux prochaines manifestations devant Tihange. Gaëlle Mouton était présente au dernier rassemblement, organisé par la plate-forme internationale Stop Tihange et nous en propose un reportage photo.

Bien entendu, nous reviendrons aussi sur la catastrophe de Fukushima, à l’heure où le Japon bataille face à son peuple pour maintenir le recours à l’énergie nucléaire. Si le Japon ne sait que faire des centaines de milliers de... tonnes de déchets nucléaires [3], les Français ont semble-t-il trouvé la solution en incorporant les déchets nucléaires dans les matériaux de construction. Une synthèse de la remarquable analyse de la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité attend votre lecture.

Et pour clôturer le thème, Gérard Craan revient sur un vieux bouquin anticipant les peurs des menaces terroristes d’aujourd’hui.

Le JIM

[1Voir notamment cet articlede la Libre Belgique, ou celui-ci, ou dans le Vif l’Express, ou encore sur le site web de la RTBF.

[3Principalement sous forme d’eau contaminée

 


 

La radioactivité, y avez-vous déjà réfléchi ?
samedi, 20 avril 2013
/ Franz Tofer

Aucun individu au monde ne doit nourrir de peurs ou de craintes, à propos de l’énergie atomique, qui serait d’ordre surnaturel. En développant l’énergie atomique, la science ne fait simplement qu’imiter la réaction des rayons solaires. La puissance atomique n’est pas moins naturelle que celle qui me permet de faire naviguer mon bateau sur le lac Saranac.

Albert Einstein [1]

Comme la plupart des menaces invisibles, la radioactivité inquiète et fait peur. Pour autant, cette peur ne doit pas être irrationnelle. La radioactivité est un phénomène naturel et comprendre les lois de la physique qui la régissent permet de mieux appréhender cette menace. L’objectif de cet article est de donner une présentation sommaire de ce qu’est la radioactivité ainsi que des dangers qu’elle représente afin de pouvoir mieux comprendre les enjeux et les risques liés au nucléaire. [2]

Qu’est-ce que la radioactivité ?

La radioactivité est le phénomène physique par lequel les noyaux de certains atomes instables se transforment en d’autres atomes plus stables par l’émission d’énergie sous forme de rayonnements.

Essayons de clarifier un peu la définition qui précède.

Les atomes sont constitués d’un noyau atomique entouré d’un nuage électronique. Le noyau atomique est lui-même constitué de neutrons, électriquement neutres, et de protons, portant une charge électrique positive. Le nuage électronique est constitué d’électrons, porteurs d’une charge électrique négative, d’un nombre égal au nombre de protons dans le noyau, de sorte qu’un atome soit électriquement neutre.

Si le nombre de protons et d’électrons doit être identique de manière à assurer la neutralité électrique de l’atome, le nombre de neutrons peut lui varier. Les atomes issus de ces variations sont appelés isotopes.

Ces isotopes sont souvent instables et peuvent, en émettant de l’énergie sous forme de rayonnement (voir plus bas), se retrouver dans une configuration atomique plus stable. C’est la radioactivité.

Pour illustrer tout cela, prenons l’exemple du carbone :

La forme la plus répandue [3] du carbone (noté C dans le tableau périodique des éléments) est composée de 6 protons et 6 neutrons et est appelé Carbone 12 (^{12}\bf{C}). Le 12 représente la masse atomique de l’atome, en gros, l’addition du nombre de protons et de neutrons [4]

Le carbone possède 16 isotopes connus ; mais, en dehors du ^{12}\bf{C} (6 protons + 6 neutrons), on ne trouve dans la nature que deux autres isotopes du carbone : le ^{13}\bf{C} (6 protons et 7 neutrons) et le ^{14}\bf{C}(6 protons et 8 neutrons) [5].

Le ^{12}\bf{C} et le ^{13}\bf{C} sont des formes stables du carbone. Ce n’est pas le cas du ^{14}\bf{C} qui se désintègre en ^{14}\bf{A} (Azote 14 : 7 protons et 7 neutrons).

Mais, s’il existe 16 isotopes connus, pourquoi n’en trouve-t-on naturellement que 3 ?

Puisque les isotopes instables se désintègrent, ils disparaîtront complètement au bout d’un certain temps. La variable temporelle généralement utilisée pour caractériser l’instabilité d’un isotope est le temps de demi-vie. C’est à dire le temps nécessaire pour que la moitié d’un échantillon de l’isotope en question se soit désintégré.

Pour revenir à notre exemple du carbone, le temps de demi-vie du ^{14}\bf{C} est de 5730 ans. Ce qui signifie qu’après 5730 ans, un échantillon de ^{14}\bf{C} aura diminué de moitié (l’autre moitié étant devenu du ^{14}\bf{A}). [6]

Un autre isotope du carbone, le ^{11}\bf{C} (6 protons et 5 neutrons) est fréquement utilisé comme traceur en médecine. Il se transforme en ^{11}\bf{B} (Bore 11 : 5 protons et 6 neutrons) et a une demi-vie de 20,38 minutes.

On peut donc comprendre qu’il n’en subsiste plus à l’état naturel vu sa demi-vie très courte.

Encart 1 : Demi-vie

La désintégration radioactive ne s’effectue pas selon une progression linéaire mais bien exponentielle.

Donc, un élément radioactif ne se sera pas complètement désintégré après 2 fois le temps de demi-vie.

Après le temps de demi-vie, la moitié de la quantité initiale se sera désintégrée. Après une deuxième période égale au temps de demi-vie, la moitié de la quantité restante se sera à son tour désintégrée. Il restera donc, la moitié de la moitié, c’est à dire le quart de la quantité initiale. Après une troisième période de demi-vie, il restera donc la moitié du quart restant, donc un huitième de la quantité initiale. Et ainsi de suite.

Prenons l’exemple d’un échantillon de 1000 atomes de ^{14}\bf{C} qui possède une demi-vie de 5730 ans.

Donc, après 5730 ans, il ne restera plus que 500 atomes de ^{14}\bf{C}.
Après 11460 ans, 250 atomes. Après 17190 ans, 125 atomes. Après 22920 ans, 72 atomes. Après 28650 ans, 36 atomes, ...

Au final, il faudra 63030 ans pour que l’ensemble de notre échantillon de ^{14}\bf{C} se soit désintégré.

Les différentes formes de radioactivité

Comme on l’a vu, la radioactivité consiste en la désintégration d’un atome instable vers un autre atome plus stable. Cette désintégration émet de l’énergie sous forme de rayonnement.

Ces rayonnements sont au nombre de 3, appelés : \alpha (alpha), \beta^+ (beta+) et \beta^- (beta-).
On parle alors de radioactivité \alpha et de radioactivité \beta, en fonction du rayonnement émis.

De manière schématique, la radioactivité \alpha correspond à l’émission d’un noyau d’hélium (^4\bf{He} : 2 protons et 2 neutrons). Le noyau source perd donc 4 unités de masse atomique dans l’opération.

Par exemple, un atome de radium peut se désintégrer en un atome de radon (lui-même radioactif) et une particule \alpha (un noyau d’helium donc) [7]

La radioactivité \beta conserve la masse atomique du noyau source et transforme donc :
- soit un neutron surnuméraire en proton (émission \beta^-)
- soit un proton surnuméraire en neutron (émission \beta^+)

Toutes ces rayonnements sont ionisants, c’est à dire que comme ils sont chargés électriquement [8], ils peuvent interagir avec la matière et l’ioniser.

Ces émissions radioactives laissent souvent l’atome résultant dans un état qu’on qualifie d’excité dans le sens où il se trouve dans un état d’énergie supérieur à son état fondamental. Dans ces cas, il retourne dans son état fondamental en émettant un rayon \gamma (gamma), un rayonnement électromagnétique similaire aux rayons X, aux UV ou à la lumière visible, la particule élémentaire associée à ce rayonnement est le photon.

Ces rayons \gamma peuvent également interagir avec la matière, ce qui peut provoquer une ionisation indirecte.

Les unités de mesure

Il existe de nombreuses unités de mesure de la radioactivité. Les plus répandues sont les suivantes :
- Le Becquerel (Bq) : mesure l’activité radioactive d’une source. Elle correspond au nombre de désintégrations radioactives par seconde. On retrouve souvent une mesure de l’activité volumique, c’est à dire un nombre de Becquerel par mètre cube (Bq/m³)
- Pour mesurer l’incidence de la radioactivité sur une cible, on utilise des grandeurs subjectives [9] telles que la dose absorbée, mesurée en Gray (Gy) et qui représente la quantité d’énergie par kilogramme reçue par la cible en question.
- Une autre grandeur subjective fréquemment utilisée est la dose efficace, mesurée en Sievert (Sv) et le plus souvent en milli-sievert (mSv - un millième de Sv) ou micro-sievert (µSv - un millionième de Sv). Elle mesure l’impact des rayonnements ionisants sur des tissus biologiques. Elle est définie par la dose absorbée corrigée par des facteurs tenant compte de la dangerosité du rayonnement considéré ainsi que de la sensibilité du tissu biologique considéré. C’est cette mesure qui est utilisée pour estimer les risques stochastiques (voir plus bas) et donc les risques de cancers.

Radioactivité naturelle et artificielle

La radioactivité est à l’origine un phénomène naturel en raison de l’existence dans la nature d’éléments radioactifs (provenant généralement d’événements cosmiques - supernovae, rayons cosmiques, ...). Le principal isotope naturel radioactif est le radon 222 (^{222}\bf{Rn} - demi-vie 3,8 jours) qui résulte de la chaîne de désintégration de l’uranium 238 (^{238}\bf{U})

Avec la (très relative) maîtrise de l’atome, l’être humain a également commencé à produire des isotopes volontairement (par ex. en médecine ou en recherche nucléaire, la production de combustible nucléaire, ...) ou involontairement (comme résultat d’activités telles que les retombées de bombes nucléaires, les déchets radioactifs provenant des centrales, les catastrophes comme Tchernobyl ou Fukushima, ...).

Cette activité humaine a eu pour conséquence la dissémination dans l’environnement d’isotopes potentiellement dangereux, tels que le césium 137 (^{137}\bf{Cs} - demi-vie de 30,15 ans) [10], l’iode 131 (^{131}\bf{I} - demi-vie 8 jours) [11] ou le plutonium 239 (^{239}\bf{Pu} - demi-vie 24110 ans) [12].

Dès lors, la plupart des pays ont mis en place des réseaux de mesure de la radioactivité. Ces mesures sont plus ou moins transparentes et/ou accessibles en fonction des pays.

En Belgique, le site Telerad de l’Agence Fédérale de controle nucléaire permet de visualiser les mesures de radioactivité (en µSv/h) prises sur différents points du territoire.

Au Japon, le site de l’Autorité de régulation nucléaire donne des mesures de radioactivité dans l’ensemble du pays (en nano (milliardième de) Gray par heure). Un simple coup d’oeil nous permet de voir que les émissions radioactives dans la préfecture de Fukushima sont plus de 300 fois plus importantes que dans la préfecture de Kanagawa (proche de Tokyo).

Dangers

Les dangers de la radioactivité sont multiples et complexes. Les différents facteurs à prendre en compte sont (principalement) l’intensité du rayonnement, la durée de l’exposition et la nature des tissus irradiés.

On a vu plus haut que les émissions radioactives (\alpha, \beta^+ et \beta^-, \gamma) étaient (directement ou indirectement) ionisantes et donc susceptibles d’interagir avec la matière. Mais chacune de ces émissions possède un degré de pénétration différent.

Les émissions \alpha, constituées de noyaux d’helium et possédant 2 charges positives, interagissent très rapidement et pénètrent très peu la matière. Une feuille de papier suffit à les stopper.

Les émissions \beta, constituées d’électrons (ou de positrons) possédant une charge négative (ou positive) sont plus légers et interagissent moins rapidement avec la matière que les émissions alpha. Une plaque d’aluminium parvient à les arrêter.

Les émissions \gamma sont constituées de photons, non-chargés électriquement, qui n’interagissent pratiquement pas avec la matière et sont donc très pénétrants. Des plaques de plomb permettent de les atténuer (mais non de les arrêter complètement [13]).

On voit donc que dans le cas d’une irradiation externe, les émissions \gamma sont a priori les plus redoutables puisque les plus difficiles à arrêter.

Mais l’irradiation peut également être interne en cas d’ingestion (par voie respiratoire ou via la chaîne alimentaire par exemple) d’éléments radioactifs. Dans ce cas-là, les émissions \alpha et \beta, en raison de leur caractère directement ionisant, sont les plus dangereuses parce qu’elles peuvent atteindre directement certains organes importants. Lors de catastrophes nucléaires, les éléments radioactifs les plus susceptibles d’être ingérés sont l’iode 131 (^{131}\bf{I}) et le césium 137 (^{137}\bf{Cs}).

Les effets de l’irradiation peuvent être
- soit déterministes : les symptomes apparaissent peu de temps après l’irradiation et sont directement liés à la dose reçue. Dans le cas d’une forte exposition sur l’ensemble du corps, on observe un syndrome d’irradiation aiguë qui peut être mortel au-delà de 3 à 5 Gy.
- soit stochastiques, c’est à dire aléatoires. Des symptomes peuvent apparaître de manière statistique, on ne peut donc qu’associer un risque de voir un symptome apparaître lors d’une irradiation de ce type.

On voit immédiatement que les effets aléatoires posent un problème pour identifier les effets strictement dûs aux radiations d’effets externes. C’est ce qui explique les disparités énormes (et les conflits de chiffres) qui entourent le nombre de victimes des catastrophes nucléaires, puisqu’en-dehors des effets déterministes, il est quasiment impossible de déduire avec certitude qu’une maladie (comme un cancer) est directement liée à une irradiation. D’autant plus que les études sur les effets de la radioactivité à faible dose sur des temps longs restent très parcellaires [14].

La question des temps longs est particulièrement importante quand on considère la demi-vie de certains des produits radioactifs émis lors de catastrophes nucléaires, comme le ^{137}\bf{Cs} (30 ans) [15] voire le ^{239}\bf{Pu} dont la demi-vie est de 24000 ans...

Et concrètement ?

Tout cela restant très théorique, regardons quelque chiffres pour mieux appréhender les risques liés à la radioactivité.

Par exemple, quelle est la dose annuelle reçue par un habitant du centre de Bruxelles ?
Si l’on se fie au chiffre donné par le site Telerad, on voit que la moyenne pour la station du centre de Bruxelles est de 0,136 µSv/h. Sur une année (8760h), cela représente 1191,36 µSv ou 1,19136 mSv [16].

On estime généralement la dose annuelle de radioactivité naturelle reçue autour de 1 à 2 mSv.

Par comparaison, regardons le cas d’un habitant de Futaba dans la préfecture de Fukushima [17] et supposons que la valeur observée plus haut de 16470 nGy/h représente la moyenne. On peut généralement considérer une équivalence entre Gray et Sievert [18]. Cela nous donnerait donc : 16,470 µSv/h x 8760 h = 144277,2 µSv = 144,277 mSv/an.

C’est plus de 100 fois la dose reçue par le Bruxellois ! Quel risque cela représente-t-il pour le Japonais ?

Le seuil de déclenchement des effets déterministes commence à 1 Sv (1000 mSv), les doses potentiellement mortelles commencent à partir de 2 Sv [19].

Pour autant, notre Japonais n’est pas tiré d’affaire. En effet, on estime qu’à partir de 100 mSv le risque relatif de cancer augmente de 1%.

D’autant plus, qu’on ne parle ici que de contamination externe, alors que l’air qu’il respire et les aliments qu’il ingère sont également contaminés.

De plus, un rapide calcul montre qu’en un peu moins de 10 ans sur place, il recevra une dose équivalente à 1 Sv. On comprend dès lors toute l’importance à la fois des mesures d’évacuation des zones contaminées et la nécessité d’un contrôle strict de la contamination radioactive de la chaîne alimentaire.

Pour terminer, quelques données pour permettre de mieux appréhender les doses reçues artificiellement.

A titre informatif, la limite pour la dose annuelle artificielle reçue est généralement fixée à 1 mSv pour le public (mais à 20 mSv pour un travailleur du nucléaire) [20]

- Un rayon X de la poitrine correspond à 50 µSv
- Un vol transatlantique correspond +/- à 200 µSv [21]
- Une mammographie représente 400 µSv
- Un CT-scan abdominal représente 7 mSv (7000 µSv)

La dose moyenne annuelle totale (naturelle et artificielle) est estimée autour de 4 mSv pour le grand public.

Conclusion

L’objectif de cet article était de présenter une vue générale de la radioactivité et de ses potentiels dangers, permettant au lecteur de mieux comprendre et appréhender des enjeux plus spécifiques (exposition spécifique liée à une catastrophe nucléaire, au passage d’un convoi de déchets nucléaires, risque de contamination de la chaîne alimentaire, risque déterministe ou aléatoire, etc.). Cette approche semble nécessaire car, la complexité du sujet aidant, le public a longtemps dépendu de la parole d’experts (publics et/ou privés) dont l’intérêt principal semble avant tout de le rassurer plutôt que de l’informer comme on a pu le constater lors des nombreux incidents et catastrophes récentes [22]. Il s’agit évidemment pour eux de préserver avant tout une industrie mêlant allègrement les intérêts privés [23] et nationaux [24]. Cependant, la remise en cause de cette « parole experte » a pu faire naître des sentiments de paniques parfois peu justifiés [25] quoique parfaitement compréhensibles au vu de l’absence d’informations spécifiques (comme la présence de particules radioactives dans l’air ou la contamination de la chaîne alimentaire, cas susceptibles d’entraîner une irradiation interne).

Peu à peu, telle une cuve de réacteur de Doel ou Tihange, le mythe du « risque zéro » du nucléaire a commencé à se fissurer. La question n’étant dès lors plus de savoir si un accident majeur va se produire ; mais plutôt quand il se produira. Le vieillissement du parc nucléaire, l’incapacité des autorités et des opérateurs à prévoir, par définition, l’imprévisible et, pire, leurs réactions instinctives de systématiquement nier ou minimiser les accidents nucléaires, nous montre à quel point l’industrie nucléaire fait pendre, non seulement au-dessus de nos têtes, mais également au-dessus de celles de générations encore à naître, une véritable épée de Damoclès.

La prudence la plus élémentaire devrait nous pousser à exiger la sortie immédiate (ou du moins très rapide) du nucléaire ; mais également à repenser globalement la question de nos besoins énergétiques.

Franz Tofer

Encart 2 : Les rejets radioactifs à Fukushima

A titre d’exemple, voici un tableau, basé sur des estimations fournies par l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) Français à la date du 22 mars 2011 [26]. Cette estimation ne tient compte que des gaz qui se sont échappés des réacteurs et qui sont potentiellement les plus dangereux.

Sur cette liste, voici les 20 premiers par ordre d’activité (en Bq) :

Emissions radioactives
Element Demi-vie Produit
Xe 133 5,243 j Cs 133
I 131 8,0207 j Xe 131
I 132 2,295 h Xe 132
Te 132 3,204 j I 132
I 133 20,8 h Xe 133
Xe 133m [27] 2,19 j Xe 133
Xe 135 9,17 h Cs 135
Xe 131m 11,934 j Xe 131
Cs 134 2,065 a Ba 134
Cs 137 30,167 a Ba 137
Te 129m 33,6 j Te 129
Cs 136 13,16 j Ba 136
Te 127 9,35 h I 127
Sb 127 3,85 j Te 127m
Te 131m 30 h Te 131
Sb 130 39,5 m Te 130
Te 127m 109 j Te 127
Xe 135m 15,29 m Xe 135
Sb 125 2,7586 a Te 125m
Te 131 25 m I 131
Kr 85m 4,480 h Rb 85 (78,6%) Kr 85 (21,4%)
Te 125m 57,40 j Te 125

On voit que ceux dont la demi-vie dépasse une semaine sont plus limités, essentiellement des isotopes de l’iode, du césium, du tellure et de l’antimoine. Sur des temps plus longs (de l’ordre de quelques années), c’est essentiellement le césium qui va perdurer (non seulement le césium initialement présent ; mais également celui produit par les désintégrations secondaires du xénon et de l’iode par exemple).

Pour autant, la dispersion atmosphérique peut être très rapide. L’IRSN a effectué une modélisation de la dispersion des rejets de la centrale de Fukushima (voir l’animation), et l’on constate qu’après une semaine, l’amérique du nord est touchée, après 10 jours, l’Europe commence à être atteinte et que le 29 mars (18 jours plus tard), l’ensemble de la planète est impactée [28].

[1cité par Dwight MacDonald dans « La bombe. Réflexions sur le progrès scientifique & la responsabilité individuelle en septembre 1945 », Revue Agone n°34, 2005

[2Pour l’essentiel, cet article s’inspire de la page wikipedia sur la radioactivité et des pages liées. Le lecteur intéressé par plus de détails pourra s’y réferer.

[3Elle représente 98,9% du carbone que l’on peut trouver naturellement.

[4Protons et neutrons constituent l’essentiel de la masse d’un atome et leurs masses sont quasiment identiques.

[5Le $^13\bfC$ représente 1,1% du carbone naturel, le $^14\bfC$ ne se retrouve qu’à l’état de traces.

[6Ce le principe derrière la technique de la datation par le $^14\bfC$

[7Autrement dit : $^226\bfRa$ $\longrightarrow$ $^222\bfRn + ^4\bfHe$

[8L’émission $\alpha$ est chargée par les 2 protons du noyau d’helium (2 charges +), l’émission $\beta^-$ est chargée par un electron (1 charge -) et l’émission $\beta^+$ est chargée par un positron [anti-electron] (1 charge +)

[9On parle de grandeurs subjectives car elles dépendent d’un facteur subjectif, à savoir la cible ou le sujet exposé.

[10Le césium tend à s’accumuler dans l’organisme en raison de sa similarité avec le potassium. Il se désintègre en baryum 137 par émission $\beta^-$, suivi d’une émission $\gamma$

[11L’iode a la particularité de s’accumuler au niveau de la thyroïde, ce qui explique la distribution de pastille d’iode non-radioactif qui, prises préventivement, permettent de saturer la thyroïde et empêche la fixation de l’iode radioactif. L’iode 131 se désintègre en xénon 131 par émission $\beta^-$, suivie d’une émission $\gamma$.

[12Tous les isotopes du plutonium sont très toxiques en raison de leur forte activité et des énergies en jeu lors des émissions $\alpha$ qu’ils dégagent. L’isotope le plus toxique est $^238\bfPu$. $^239\bfPu$, même s’il est relativement moins toxique, est produit lors de la fission nucléaire dans les réacteurs utilisant de l’uranium. Cette production est utilisée pour produire le combustible MOX qui alimente certaines centrales nucléaires - dont le réacteur 3 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Ceci explique qu’on puisse en trouver des traces lors de catastrophes nucléaires.

[13Par exemple, pour une atténuation de 99,9999% du rayonnement, il faut une épaisseur de plomb de 19,9cm. Il faut une épaisseur de 1,20 m de béton pour obtenir un résultat équivalent.

[14Par exemples, plusieurs études ont été faites sur l’incidence des leucémies infantiles dans les zones entourant les centrales nucléaires dans plusieurs pays d’Europe. Si la plupart des études révèlent un nombre de cas plus élevés que la moyenne nationale, la faiblesse des échantillons (généralement quelques dizaines à quelques centaines de personnes) ne permet pas de valider statistiquement le lien de causalité, même si cela permet de renforcer les soupçons qui pèsent sur le nucléaire. Voir http://groupes.sortirdunucleaire.org/Vivre-a-proximite-d-une-centrale

[15Donc, ce ne sera qu’en 2016 que la moitié du $^137\bfCs$ émis lors de la catastrophe de Tchernobyl en 1986 aura disparu. Voir l’encart 1.

[16Le même calcul pour un habitant de Huy, proche de la centrale de Tihange, donne 0,108 µSv/h x 8760 h = 946,08 µSv, soit 0,946 mSv par an.

[17L’exercice est théorique puisque la ville, mitoyenne de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, a été complètement évacuée en mars 2011.

[18La conversion dépend effectivement d’un facteur lié au type d’émission ; mais l’on peut considérer en première approximation que les valeurs sont identiques.

[19En cas de fortes doses, les effets déterministes commencent plus tôt. Par exemple, le seuil d’apparition de malformations pour un foetus se situe à 50 mSv.

[20Ces limites sont à prendre avec précaution étant donné qu’elles ont été arbitrairement définies essentiellement sur base d’observations cliniques sur des victimes ayant reçu des doses massives (par ex. des rescapés d’Hiroshima et Nagasaki) et il n’est pas garanti que ces limites soient valides dans le cadre de faibles irradiations sur des temps longs.

[21Ceci est dû à l’augmentation du nombre de particules cosmiques dans la haute atmosphère.

[22On pensera évidemment au nuage radioactif de Tchernobyl s’arrêtant miraculeusement aux frontières françaises, ou plus récemment l’insistance des autorités japonaises à affirmer que la situation à la centrale nucléaire de Fukushima était sous contrôle alors même que l’opérateur privé TEPCO reconnaissait qu’il était dépassé. Ceci à amener à la création de réseaux citoyens de mesure, tels que la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) en France, ou plus récemment le Citizen’s Radioactivity Measuring Station (CRMS) au Japon.

[23Par exemple, Electrabel, l’opérateur des centrales nucléaires belges est une filiale de l’entreprise française GDF-Suez

[24Des entreprises comme EDF ou Areva par exemple sont majoritairement contrôlées par l’Etat français.

[25Pensons par exemple à la fuite précipitée de Tokyo de résidents étrangers qui auront in fine probablement reçu une plus grande irradiation externe du fait de leur vol (+/- 200 µSv) que s’ils étaient restés sur place ( 0,2 µSv/h - à l’heure actuelle 0,05 µSv/h soit moitié moins qu’à Bruxelles).

[27Le m indique un état excité de l’isotope.

[28Pas de panique cependant, les quantités étant évidemment de plus en plus largement diluées cours du temps. Le site Telerad n’indique aucune augmentation notable de la radioactivité sur cette période.

 


 

« Stop-Tihange » : Quand Huy dit « NON » au nucléaire
Manifestation internationale contre le nucléaire / Photo-reportage
jeudi, 25 avril 2013
/ Gaëlle Mouton

Le 10 mars dernier, à la veille du deuxième anniversaire de la catastrophe de Fukushima, plusieurs milliers de manifestants ont marché depuis le centre de Huy jusqu’à la centrale de Tihange, pour réclamer la fermeture définitive des réacteurs les plus anciens encore en service, et un plan de sortie du nucléaire plus ambitieux qu’actuellement. Ils étaient 2000 selon la police, 3000 selon les organisateurs, à avoir bravé le froid et la grisaille de ce dimanche de mars. Certains étaient venus de loin - de Flandre, d’Allemagne, des Pays-Bas - pour marquer leur solidarité avec les habitants du coin, voisins de la centrale de Tihange, et premières victimes d’un potentiel accident - une crainte ravivée par la découverte de fissures dans la cuve d’un réacteur [1]. Quoi qu’il en soit, tous sont venus protester contre le risque « inacceptable » que le nucléaire fait courir à leurs enfants, leur région, leur planète...

Sur les banderoles en français, néerlandais ou allemand, les slogans s’affichent tantôt graves, tantôt humoristiques. Les mines, elles, sont décontractées ; l’ambiance festive, bon enfant. Beaucoup sont d’ailleurs venus manifester en famille. Initiative citoyenne, la marche a aussi pu compter sur la présence de délégations de quelques partis politiques, gauche “radicale” et écologiste en tête.

Texte et photos : Gaëlle Mouton

[1Information sur les centrales nucléaires de Tihange : http://www.stop-tihange.org/documents/10448/0/Info_Tihange.pdf

 


 

Mars 2013 : Fukushima deux ans après : entre le déni et l’oubli
mardi, 30 avril 2013
/ Yûki Takahata

Il y a maintenant deux ans, un accident nucléaire majeur provoqué par un séisme puis un tsunami s’est produit à la centrale de Fukushima Daiichi au Japon, la fusion du cœur de trois réacteurs et quatre explosions endommageant quatre bâtiments réacteurs.

©Labornet Japan

En dépit de l’annonce officielle d’un « arrêt à froid » en décembre 2011, la situation est loin d’être maîtrisée : la centrale dégage toujours des rejets radioactifs et la piscine de stockage du combustible usé (264 tonnes), située à 30m de hauteur dans le bâtiment du réacteur N°4, menace de s’effondrer en cas de nouveau séisme. Ce qui pourrait entraîner une réaction en chaîne émettant des matières radioactives « équivalant à 5000 bombes de Hiroshima », d’après le physicien nucléaire Hiroaki Koidé [1]. Les réservoirs contenant de l’eau contaminée sont presque pleins (260 000 tonnes au début de janvier 2013), tandis que des fuites continuent à répandre de l’eau contaminée du site vers la mer et le sous-sol. Par ailleurs, 3 000 personnes interviennent chaque jour dans la centrale, mais le niveau extrêmement élevé de radioactivité complique leur travail. Et les règles de sécurité ne sont pas respectées : insuffisance des contrôles sur les doses absorbées, manque de matériel et de formation à la radioprotection notamment pour les sous-traitants, cas avérés de dissimulation d’irradiation... On craint donc non seulement l’irradiation à haute dose d’un grand nombre de travailleurs mais aussi l’épuisement de la main-d’œuvre : en novembre 2012 TEPCO a reconnu que parmi les 24 000 personnes inscrites sur la liste des travailleurs du site, 16 000 étaient déjà parties, soit qu’elles avaient atteint la dose limite autorisée, soit parce que les conditions de travail étaient trop dures.

D’autre part, 160 000 réfugié-e-s des zones d’évacuation forcée vivent toujours un sort dramatique. La contamination durable de l’environnement et des aliments constitue le problème majeur de cette catastrophe nucléaire, car la radioactivité est invisible et n’a pas d’odeur. Or, TEPCO et les autorités ont cherché, dès le début de l’accident, à minimiser voire à nier les dangers de l’exposition aux radiations. Depuis avril 2011, les autorités ont relevé la norme de l’irradiation externe à 20 millisieverts par an (soit la dose maximale annuelle pour les travailleurs du nucléaire), si bien que des centaines de milliers d’habitant-e-s, de la préfecture de Fukushima et d’autres préfectures, continuent à vivre dans des zones où le niveau de radioactivité est bien plus élevé que la norme internationale (1mSv/an). Les autorités nationales et locales ainsi que des « spécialistes » pro-nucléaires ont propagé un discours rassurant sur les conséquences sanitaires jugées sans risque. Cette propagande, relayée par les grands médias, avait pour but d’éviter l’évacuation d’un trop grand nombre d’habitant-e-s. Alors que l’inefficacité des travaux de décontamination, mal conçus et bâclés, s’affiche au grand jour, cette politique du déni doit permettre au nom de la « reconstruction » de faire revenir les habitant-e-s évacué-e-s.

Néanmoins, beaucoup de gens vivent dans la crainte de conséquences sanitaires graves, notamment pour les enfants. Les examens de thyroïde effectués sur près de 100 000 mineurs dans la préfecture de Fukushima montrent déjà que 40% d’entre eux présentent une anomalie. Parmi le groupe de 38 000 enfants ayant été examiné en 2011, 3 cas de cancer de la thyroïde ont été avérés (et opérés), tandis que 7 cas font l’objet de forts soupçons. Des pathologies diverses sont signalées, mais il est impossible d’établir le lien avec l’irradiation, faute d’études épidémiologiques systématiques et indépendantes. Confrontés à ce refus de faire évacuer au-delà des zones de 20mSv, beaucoup de parents ont décidé de s’organiser pour protéger les enfants des radiations, comme le réseau Kodomo Fukushima [2], et des centres citoyens de mesure de radioactivité se sont rapidement constitués. Un certain nombre de mères ont décidé de partir s’installer avec leurs enfants dans des régions moins contaminées, ce qui provoque souvent un drame car leurs maris ne peuvent pas ou ne veulent pas quitter leur travail. L’appréciation du danger dû aux radiations est la cause de graves dissensions au sein des familles aussi bien que des communautés locales. Quant au problème de la contamination des aliments, la population doit y faire face quotidiennement, au-delà même de la région de Fukushima, puisqu’aucun système efficace de certification n’est mis en place.

Maintenant que l’incompétence de TEPCO et des autorités japonaises, ainsi que leurs nombreuses dissimulations sur l’accident, ont été révélées, notamment par le rapport d’une commission parlementaire indépendante, la population japonaise ne croit plus à cette prétendue sûreté nucléaire. Et certain-es n’hésitent plus à descendre dans la rue pour réclamer l’arrêt de toutes les centrales. La mobilisation citoyenne a atteint une ampleur inédite (jusqu’à 170 000 personnes) au cours de l’été 2012, lorsque le gouvernement, alors que plus aucun réacteur ne fonctionnait depuis le 5 mai, a voulu imposer le redémarrage des deux réacteurs de la centrale d’Ooi. Et diverses actions se poursuivent, comme le rassemblement hebdomadaire devant le cabinet du Premier ministre ou la vigie, de nuit comme de jour, devant le ministère de l’Économie, ou encore la pétition « Adieu au nucléaire » lancée entre autres par Kenzaburo Oé, le prix Nobel de littérature, qui a recueilli plus de 8,2 millions de signatures [3].

C’est ce refus du nucléaire exprimé par plus de 80 % de la population qui a contraint le précédent gouvernement à annoncer la sortie du nucléaire pour la décennie 2030. Depuis 2011, avec des économies d’électricité efficaces et une légère augmentation des importations de gaz, le Japon, dont 28% de l’électricité était d’origine nucléaire, a pu s’en passer presque entièrement. Et comme chacun le constate, l’économie japonaise ne s’est pas effondrée pour autant.

Or, la puissante oligarchie nucléaire japonaise, soutenue par le lobby international (dont l’AIEA), garde le bras long dans les milieux politico-administratifs, économiques et médiatiques. Lors des élections législatives en décembre dernier où la question du nucléaire a été écartée de l’enjeu électoral, l’opinion antinucléaire n’a pas pu trouver un débouché politique. Le système électoral aidant, le PLD, le parti qui avait introduit et promu le nucléaire au Japon, a obtenu la majorité absolue. Le nouveau gouvernement du Premier ministre Abé a d’emblée remis en cause le « nucléaire zéro » et envisage la relance de la filière nucléaire. Les difficultés des victimes de Fukushima à faire entendre leurs revendications risquent d’augmenter dans une société malmenée où domine de plus en plus l’envie de retourner à une vie « ordinaire » qui incite les citoyen-ne-s à l’oubli et au déni d’une réalité trop douloureuse.

Il est donc plus que nécessaire de ne pas oublier Fukushima. C’est pour affirmer l’actualité de cette catastrophe toujours en cours que des associations, des scientifiques, des médecins, des journalistes indépendants et des citoyens, au Japon et dans le monde, continuent à se mobiliser en réclamant le droit à l’évacuation des habitant-e-s qui vivent dans les zones contaminées. C’est pour ne pas oublier Fukushima qu’ils jugent impératif d’empêcher le redémarrage des centrales et urgent de faire traduire en justice les responsables de cet accident qui n’a rien de naturel mais qui est hélas humain, trop humain. En dépit du consensus international qui voudrait tourner la page, la catastrophe n’en est encore qu’à son commencement. Il dépend de nous que le sort des enfants de Tchernobyl ne se répète pas à Fukushima.

Yûki Takahata (auteure et traductrice, membre de Sortir du nucléaire Paris et « yosomono-net », réseau international de ressortissants japonais contre le nucléaire)

NDLR : Article initialement paru le 11 mars 2013 sur le site du réseau Sortir du nucléaire

 


 

Menaces radioactives sur les objets et matériaux de notre environnement.
D’après un article de Corinne Castanier, de la CRIIRAD / Le combat continue
dimanche, 5 mai 2013
/ JIM

La CRIIRAD, Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité, en France, s’inquiète de récentes modifications dans le Code de la Santé Publique, qui permettront à termes l’utilisation de matériaux radioactifs dans la fabrication ou la composition d’objets de notre quotidien.

En 2002, en France, au terme d’une campagne de mobilisation, deux garanties ont été inscrites dans le Code de la Santé Publique [1], et qui pourraient passer pour élémentaires au commun des mortels : l’interdiction d’ajouter délibérément des substances radioactives dans les aliments, les biens de consommation et les produits de construction et celle d’utiliser des matériaux et des déchets provenant d’une activité nucléaire, contaminés ou susceptibles de l’être, pour la fabrication de biens de consommation et de produits de construction. Les matériaux contaminés ne pouvaient donc être utilisés que dans le cadre de circuits contrôlés par l’ANDRA, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs [2].

Malheureusement, ces articles possédaient leur cheval de Troie : la possibilité d’organiser des dérogations à ces interdictions était prévue à l’article R. 1333-4 du même Code, qui cependant ne fut pas utilisée pendant plus de six ans.

Un arrêté rendu le 5 mai 2009 a désormais rendu possible l’utilisation de tels matériaux par des entreprises privées suite à une demande de dérogation déposée par elles. Seuls restent protégés de cette utilisation 1/ les aliments ; 2/ les produits cosmétiques ; 3/ les parures ; 4/ les jouets ; 5/ les matériaux en contact avec les aliments et les eaux. Ce qui signifie, par exemple, que l’on peut demander des dérogations pour du matériel de construction -comme des fenêtres ou de l’isolation.

La principale crainte de la CRIIRAD concerne le recyclage de matériaux contaminés provenant du démantèlement des installations nucléaires, béton, plastique, métaux en quantité énorme. Les enjeux économiques, en effet, sont énormes, en terme d’économie tant de stockage, de destruction, que de réemploi. La préoccupation de la CRIIRAD est, elle, d’ordre sanitaire. Aussi a-t-elle saisi le Conseil d’État, le 10 juillet 2009, d’un recours en annulation de l’arrêté en question, recours accompagné de dossiers répondant aux arguments du ministère de l’économie et... au silence des ministères de la santé et de l’écologie. La CRIIRAD a depuis lors été débouté de sa demande en 2011. Il ne lui reste plus que la pression médiatique et politique comme arme.

Dialogue ?

Par ailleurs, la CRIIRAD a envoyé une lettre ouverte aux trois ministres décisionnaires (qui étaient alors Mme Bachelot -santé-, Lagarde -économie et consommation- et M. Borloo -écologie et construction-). Seul le ministère de l’Écologie a bien voulu recevoir la CRIIRAD le 14 janvier 2010 et lui écrire une lettre au contenu sans valeur. En effet, le ministre Borloo déclarait que le gouvernement n’avait pas du tout l’intention d’autoriser les industriels à recycler les déchets contaminés dans des produits de consommation et de construction destinés au grand public. Or, d’un point de vue juridique, les déchets ne seront jamais recyclés puisque, dès qu’on envisage de le faire, ils perdent aussitôt le statut de « déchets » pour devenir des « matériaux ». L’omission était-elle involontaire ou délibérée ?

Il ne restait à la CRIIRAD que l’issue du public : diffusion de l’information sur son site [Voir l’ensemble du dossier sur www.criirad.org], dans les médias et la publication « Risques d’irradiation », mais aussi appel au public (consommateurs et associations) à écrire aux autorités pour exiger l’abrogation de l’arrêté du 5 mai 2009. 4300 cartes ont été envoyées, relayées par une pétition « Halte à la radioactivité », envoyée aux adhérents à partir de 2010.

La CRIIRAD exige surtout, si l’arrêté ne devait pas être abrogé, la transparence et la participation du public dans le processus de décision concernant les demandes de dérogation présentées par les entreprises demandeuses de la levée de l’interdiction de l’usage des matériaux concernés.

Transparence ?

Jusqu’en 2010, le résultat était largement en dessous des attentes de la CRIIRAD : ce sont les sociétés qui comptent commercialiser les produits concernés qui sont tenues de fournir les informations selon l’arrêté du 5 mai 2009 et les seules accessibles sur le site du Haut Comité de la Transparence et de l’Information sur la Sécurité Nucléaire (HCTISN) consistent en la liste des demandes de dérogation. Tout se passe donc entre l’administration et les industriels qui souhaitent incorporer de la radioactivité dans leurs produits. Le consommateur n’a donc pas voix au chapitre.

Voici à titre d’exemple ce que le public pouvait lire à propos de l’une des demandes de dérogations sur le site de l’HCTISN :

1. Date du dépôt de la demande : 23/11/2009
2. Société : Lafarge Ciments
3. Objet de la demande : Poursuite de l’utilisation de la technique d’analyse neutronique sur le site de Port La Nouvelle (11)
4. Etat de la demande : en cours d’instruction

Depuis lors, probablement suite aux critiques de la CRIIRAD, une « amélioration » a été apportée au dispositif : les quatre points de la note Lafarge Ciments, pour reprendre le même exemple, ont été augmentés d’une « note de présentation de la demande ». Il s’agit d’un document d’une page et demi, rédigée par... Lafarge Ciments. Or, cette note est complètement lacunaire : pas un mot sur la nature et l’activité des substances radioactives, le nombre de source de neutrons utilisées, les mesures de protection, etc. En outre, seuls les éléments favorables au projet sont développés, la société ne proposant donc que les informations favorables à son dossier.

Participation ?

La CRIIRAD a rappelé à Mme Kosciusko-Morizet qu’il lui semblait essentiel que le public puisse avoir accès au dossier complet de la demande déposée par l’exploitant, avec les études d’impact et les calculs de dose, ainsi qu’aux évaluations et avis des autorités décisionnaires et de leurs experts. Elle a également répété que l’intervention du public pendant l’instruction du dossier devrait pouvoir se faire, et non après décision prise, afin que les consommateurs puissent défendre leurs intérêts.

Rappelons que la première réaction de M. Borloo, en tant que ministre de l’écologie et de la construction, était restée timide et, pour le moins, douteuse lorsqu’il se référait aux « déchets », et non aux « matériaux », « substances » ou « matières ». Or, répétons-le, les « déchets radioactifs », une fois envisagés pour être recyclés, devenaient juridiquement des « matières radioactives », c’est-à-dire, selon la loi actuellement en vigueur, « des substances radioactives pour lesquelles une utilisation ultérieure est prévue ou envisagée ».

Le courrier de la CRIIRAD à Mme Kosciusko-Morizet demandait à ce que le gouvernement s’oppose à l’utilisation de toute substance ou matière provenant d’une activité nucléaire, ce qui revenait à rendre impossible toute dérogation à l’article 1333-3 du code de la santé publique.

La CRIIRAD précise encore que toute son argumentation porte sur ces dérogations à l’usage de matières radioactives dans le domaine public, non pas, comme on a tenté de le lui opposer, dans des applications spécifiques destinées à l’industrie nucléaire, et qui ne rentrent pas dans le domaine des articles du code de la santé publique repris ici. La CRIIRAD soupçonne que M. Borloo, par exemple, ait pu se laisser abuser par l’argument qui avancerait qu’elle se serait attaquée à ces applications, préexistantes aux arrêtés de 2009.

Contrôle ?

Mais la CRIIRAD n’est-elle pas trop alarmiste ? Certains de ses interlocuteurs le pensent : un gouvernement autorisera-t-il jamais de dérogation permettant d’utiliser de tels matériaux pour la fabrication ou la composition d’objets qui nous entourent ? Pourtant, un raisonnement simple permet de le supposer, même dans une situation de bonne foi. Sans même discuter des différents seuils de « libération » suivant les régions [3] définis par l’Union Européenne (dans le cadre du Traité EURATOM [4]) et par les pays individuellement [5], il faut rappeler que la période radioactive du plutonium 239 est de 24100 ans, ce qui signifie qu’il faut 24100 ans pour que son activité soit divisée par deux ; 48200 ans pour qu’elle soit divisée par quatre, et ainsi de suite. Imaginons un matériau qui aurait dès lors été libéré pour un usage apparemment innofensif, comme la fabrication de cadres de fenêtre, en Grande-Bretagne, où le seuil de tolérance est de 300Bq/kg. D’ici quelques décennies, lorsque ces fenêtres seront démontées et à leur tour recyclées, qui se rappellera qu’elles sont radioactives ? Personne ne pourra empêcher que l’aluminium de ces fenêtres servent à la fabrication de casseroles ou de feuilles d’emballage alimentaire.

Or, comme chacun sait, les marchandises circulent très librement et à grandes distances. les programmes de recyclages concernent l’ensemble de la planète. Pour l’instant, dans beaucoup de pays, des seuils de libération ont été établis, mais ils n’ont pas encore été utilisés. Le démantèlement d’un nombre grandissant de réacteurs nucléaires va accroître la pression des industriels concernés. La CRIIRAD en appelle dès lors à une mobilisation pour inverser le mouvement, y compris en dehors des frontières françaises. Elle espère notamment que les autorités d’États non nucléarisés, qui vont subir la contamination sans en retirer aucun avantage, puissent eux aussi intervenir dans le processus de décisions et soutenir l’action des associations.

A lire : le dossier du site www.criirad.org sur la Campagne contre l’ajout de substances radioactives dans les biens de consommation et les matériaux de construction (disponible sur la page d’accueil sans lien propre).

[1art. R. 1333-2 et R. 1333-3, voir ici.

[2La réutilisation de matériaux de ce type dans le cadre d’applications spécifiques destinées à l’industrie nucléaire, elle, restait et reste donc possible.

[3Un seuil de libération définit les limites de contamination en-dessous desquelles les matériaux radioactifs issus du fonctionnement et du démantèlement des installations nucléaires peuvent être remis dans le domaine public et sans restriction.

[4signé en 1957.

[5Le seuil de libération du plutonium 239 varie en UE de 100 Becquerels/kg pour la France ou la Belgique à 1000 Bq/kg pour les Pays-Bas, par exemple.

 


 

La maladie de Chooz : au coeur des déchets nucléaires
vendredi, 10 mai 2013
/ Gérard Craan

Dans les années ’60, les conséquences de la radioactivité sont connues mais ignorées par les autorités, les réactions de l’atome restent en bonne partie un mystère. Si le mouvement d’opposition au nucléaire militaire se développe, il est encore faible. Greenpeace n’est créée qu’en 1971, la France mène ses premiers essais nucléaires, d’abord en Algérie puis en plein océan pacifique sans trop se soucier des conséquences pour les populations. Pourtant, en 1966, un certain Michael Maltravers écrit un roman d’espionnage centré sur l’énergie nucléaire

Les services de renseignement français sont en alerte, les scientifiques militaires sont diligemment avisés de la situation : des émanations radioactives ont été découvertes autour du centre européen Euratom [1], à Chooz.

Les techniciens de Chooz avaient, les premiers, remarqué un phénomène dont ils étaient incapables de déterminer l’origine : une radioactivité sensible, au sol, dans une zone entourant les installations franco-belges de l’Euratom. A première vue, rien de très inquiétant. Rien, sinon que le phénomène était inexplicable. Difficile d’incriminer des retombées, aucune explosion nucléaire dans l’atmosphère n’ayant eu lieu, sauf la chinoise. D’ailleurs, bien qu’elle fût loin d’atteindre un seuil immédiatement dangereux, l’intensité des radiations était très supérieure à tout ce qu’on avait jamais relevé à la suite des passages de nuées radioactives consécutives à ces explosions. De soigneuses explorations, menées avec des moyens de détection très précis, révélèrent que la zone « touchée » - on avait évité dans tous les comptes rendus d’utiliser le mot « contaminé » - affectait la forme d’une couronne assez régulière, s’étendant sur un rayon de mille mètres environ autour des installations. Les abords immédiats étaient vierges de toute pollution. Il en allait de même des laboratoires et des bâtiments du Centre. [2]

Assiste-t-on à une mutation inconnue du nucléaire ? Les centrales sont-elles « contagieuses » ? Le secret d’Etat sera vite utilisé pour masquer les événements. D’autant plus que les vagues concentriques de radioactivités se propagent à d’autres centrales. La rare population environnante sera évacuée. Le problème est considéré avant tout comme scientifique.

Mais un officier de renseignement, Merry Pontus, a un doute. Pourrait-il s’agir d’une tentative de déstabilisation de l’Etat français ? Dans la plus pure tradition des romans d’espionnage, Merry Pontus est isolé. Il agit en solo, sans le soutien de sa hiérarchie. Inquiet, il va enquêter et se demander si une grande puissance étrangère n’est pas à la manœuvre. En 1966, c’est la Chine qui fait peur. Deux ans auparavant, elle procédait à son premier essai nucléaire. A l’inverse, l’URSS et les Etats-Unis étaient entrés depuis peu dans une période de coexistence pacifique. A l’instar des romans SAS, mais nettement moins marqué à droite, Michaël Maltravers se fait l’écho de cette réalité stratégique mondiale, le KGB collaborant même avec les services français.

Mais Maltravers optera finalement pour un autre choix que le « péril jaune ». L’ennemi est mondial mais il est surtout autonome. Et c’est précisément la coexistence pacifique et son impact sur les partis communistes occidentaux, renonçant à la révolution à l’Ouest, qui lui fera imaginer la « Tendance » [3], nébuleuse de communistes déçus par l’URSS et par la Chine, ayant roulé leurs bosse dans tous les pays en révolte et en rébellion. Indélicat mélange de guerilleros ayant amorcé des luttes de libérations nationales et de contestataires de tout poil [4]. Pour la « Tendance » il faut :

Agir, agir... Ni Moscou, ni Pékin n’agissaient vraiment... On s’y était laissé prendre au piège des Occidentaux, aux pièges des politiques nationales. Comment avait-on pu oublier si vite, ici et là, les vieux préceptes de la lutte des classes, de l’action directe, du combat sans relâche. Les vrais mots d’ordre de base ? [5]

Il y a donc « terrorisme ». Et il ne faut pas s’appeler Oussama pour avoir des idées. Michaël Maltravers a évoqué, avec 40 ans d’avance, des méthodes d’action fantasmées par certains cerveaux contemporains. C’est là qu’est l’aspect le plus intéressant de l’ouvrage. Pour arriver à ses fins, la « Tendance » provoque le chaos avec des moyens à sa portée, terriblement peu coûteux en regard du résultat : utiliser des matières radioactives, non pas pour fabriquer une bombe atomique de facture classique, objectif techniquement hors de portée pour la Tendance mais en construisant une bombe sale. Soit une bombe avec des explosifs classiques, mais dont la tête est remplie de matière radioactive. L’idée de la bombe sale a été ravivée suite aux attentats du onze septembre 2001 et à un approvisionnement rendu possible par la désintégration de l’URSS [6]. Pour autant, la possibilité avait déjà été envisagée dans les années cinquante. Ainsi, Michaël Maltravers évoque la volonté égyptienne de se doter de missiles balistiques dotés de têtes radioactives [7].

Mais La maladie de Chooz est particulièrement inventif. A la différence des théories militaires contemporaines impliquant le plus souvent un approvisionnement en produits radioactifs via le vol ou l’achat à des militaires, Maltravers pense plus simplement. La « Tendance » se fournit tout simplement en mer du Nord où, depuis quelques années, plusieurs pays, surtout la Grande-Bretagne immergent allègrement leurs déchets [8]. Jusqu’en 1963, la Grande-Bretagne déposera 17.000 tonnes de déchets à moins de 200 m de profondeur. Certains futs ont même été retrouvés « par hasard » dans des filets de pêche [9].
Le poison récupéré par des petits sous-marins spécialement équipés, restait à diffuser efficacement. La « Tendance » gardera la menace d’une bombe sale sur Paris pour l’apothéose escomptée. Auparavant, elle aura pris soin d’innover. Les les déchets récupérés sont, tout compte fait, faiblement radioactifs, il faut donc propager rapidement et efficacement de grandes quantités. La meilleure solution consistera simplement à en remplir des camionnettes qui les vaporiseront dans la France entière. Mieux encore : la « Tendance » s’arrangera pour faire réaliser la propagation de la radioactivité par d’autres. Elle placera les déchets dans les réservoir d’eau des locomotives à vapeur. La grande panique peut alors commencer, même si le lecteur se doute bien que l’apocalypse n’aura pas lieu.

Banal roman d’espionnage au style fluide, La maladie de Chooz n’en est pas moins un redoutable roman d’anticipation. L’auteur semble pourtant inconnu. En fait, sous Michaël Maltravers se cache très probablement Frédéric Dard, célèbre pour la série des San Antonio. L’analyse ayant permis le recoupement est due à l’assocaition les Polarophiles tranquilles [10] qui n’a pas ménagé sa peine. Si Frédéric Dard s’est toujours défendu du moindre engagement politique, de gauche ou de droite [11], il n’en est pas moins un écrivain à l’écoute de son temps, inquiet des ravages potentiels de l’énergie nucléaire.

La maladie de Chooz est encore disponible pour moins de €5 dans les librairies. Il peut également se trouver dans les bouquineries ou en contactant l’auteur de ces lignes qui le prêtera volontiers.

Gérard Craan

[1Le Centre Euratom préfigure alors la construction de la centrale nucléaire de Chooz, en 1967. La construction de deux autres réacteurs sur le site de Chooz a suscité une très forte mobilisation dès la fin des années septante. le premier des trois réacteurs a été mis à l’arrêt en 1991

[2MALATRAVERS Michaël, La maladie de Chooz, Gallimard (coll. Carré Noir), 1966 (réédition 1983), pp 25-26.

[3Dont on retiendra aussi la connotation trotskiste.

[4Il est à noter que les Brigades Rouges et la Fraction Armée Rouge naissent après La maladie de Chooz.

[5ibidem, p.117.

[6On trouvera par exemple une vidéo sur le site de la Revue de l’Otan, ou encore sur le site de la Fondation pour la recherche Stratégique. Les deux références mêlent la difficulté technique de l’opération la maîtrise du risque avec nos peurs et la probabilité de déclenchement d’une bombe sale.

[7Ibidem, p.110. On trouve quelques références sur le sujet sur internet, sans que nous puissions attester de la réalité de ce projet. S’il y avait bel et bien un projet de lanceurs balistiques, il n’est, semble-t-il, pas prouvé que leurs têtes étaient prévues pour contenir des substances chimiques ou radioactives. Consulter notamment la notice wikipedia en allemand sur la question

[8Ce lien renvoie à la carte des déchets nucléaires immergés.

[9Voir la page numérotée 753 du lien accessible via le site de Persée. L’ouvrage référencé date de... 1965.

[10Elle est gracieusement disponible dans le cinquième bulletin de l’association.

[11Lire notamment cet interview.