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Belgique : Grève bleue, rouge et verte ; les médias font les <A HREF="http://fr.wikipedia.org/wiki/Syndicalisme_jaune">jaunes

mercredi 28 décembre 2011

Des médias aux ordres. Ils revendiquent leur indépendance, leur objectivité et leur diversité rédactionnelle. Mais au lendemain de la grève générale des services publics, leur constat est unanime, le stylo sur la couture de l’uniforme.

Le premier mot d’ordre délivré, c’est que la grève est inutile.

Le quotidien francophone de révérence titrait ainsi : « une grève pour rien » [1]. En cela, il était imité (ou bien est-ce l’inverse ?) par La Dernière Heure, quotidien historiquement libéral. C’était aussi une « grève pour rien » [2].

L’angle d’attaque est légèrement différent côté néerlandophone. Pas de véritable « une » sur la grève. On préfère mettre en évidence son échec auprès des travailleurs (elle a été moins suivie en Flandre). Et de citer en exemple ces fonctionnaires au travail [3] ou le fait que le pays n’a pas été mis à l’arrêt par les grévistes [4].

Mais même si les techniques patronales de télétravail, de vidéoconférence, d’incitation à la prise de congé prennent de plus en plus d’ampleur, nombre de travailleurs du public étaient à l’arrêt le 22 décembre. Par choix ou par contrainte, puisque les transports publics étaient totalement à l’arrêt.

Le deuxième aspect de cette offensive médiatique consiste évidemment à dire à son lecteur qu’il n’a pas le choix. D’abord la grève est inutile, ensuite, qu’on soit opposé à la « réforme » des pensions ou pas, celle-ci est inévitable, nécessaire, incontournable, impérative, ... Dès lors autant subir.

C’est par exemple ce qu’écrivait l’éditorialiste en chef du Soir, Béatrice Belvaux : Nous savions pourtant depuis des mois – des années ! – que le système de pensions, comme d’autres dépenses publiques, devait être adapté (…). C’est ce qu’on appelle l’adaptation du modèle social, qui va de pair avec un recul social. [5] Et de nous faire un cours de novlangue au passage, où adaptation du modèle social signifie désormais « pan dans la gueule ».
Béatrice Delvaux maintient son idée le jour-même de la grève :
[Ces mesures] sont dures, hélas inévitables, nous l’avons déjà écrit dans ces colonnes . [6]

Dans le même registre, Vincent Rocour éditorialise pour La Libre Belgique : La croissance économique (…) ne permettra pas de financer en même temps le maintien du pouvoir d’achat de la population et les effets du vieillissement de celle-ci sur les caisses de retraite. Le gouvernement papillon devait agir. On ne peut pas le lui reprocher. C’était une nécessité [7].

Bart Stuurtewagen, columnist pour le Standaard, exprime quant à lui une volonté d’équilibre entre nos attentes et la réalité, entre ce que nous voulons et ce que nous pouvons payer [8]. L’équilibre ne consistant pas, on l’aura compris, à redistribuer les richesses. Il revient même aux origines catholiques du quotidien pour nous balancer un couplet sur l’illusion d’un chemin sans douleur [9].

Les extraits choisis ici ne sont pas anodins. Ils sont pour la plupart tirés des éditoriaux. Ceux-ci, dit le dictionnaire Robert, « émanent de la direction d’un journal et reflètent une orientation générale ». Aucun de ces articles n’a un seul instant évoqué les pistes proposées par les organisations syndicales ou des économistes. Si ces alternatives sont évoquées, elles ne font jamais les les gros titres, encore moins les éditoriaux [10].

Il nous reste donc à aller lire ailleurs.

Notes

[1Le Soir, 23/12/2011, p.1

[2La Dernière Heure, 23/12/2011, p.1

[3De Standaard, « En de ambtenaar ? Hij werkte », 23/12/2011, p.3

[4Het Laatste Nieuws, « Stakers krijgen land niet plat », 23/12/2011, p.3

[7La Libre Belgique, 21/12/2011, éditorial, p.64.

[8De Standaard, 23/12/2011, commentaar, p.2. onze samenleving moet op zoek naar nieuwe evenwichten. Tussen verwachting en realiteit. Tussen wat we willen en wat we kunnen betalen

[9Ze[les leaders syndicaux] wisten ook dat het een illusie is dat volk voor te houden dat er een pijnloze weg naar de toekomst is

[10Un bon exemple est ce billet d’...humeur de Pascal Lorent, paru dans Le Soir... quatre jours après la grève et repris en page 11.

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