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Reprises de l’été 2013

Les sondages : le vogelpick comme arme dans le débat d’idée ?

Article initialement paru dans le JIM 23

lundi 15 juillet 2013, par Guéric Bosmans (Date de rédaction antérieure : 7 décembre 2012).

Nous sommes confrontés à l’omniprésence des sondages. Pas un jour sans que les médias ne nous en abreuvent, pour n’importe quel sujet. Ils peuvent prendre différentes formes : sondages pré-électoraux, sondages « sortie des urnes » les jours d’élection, sondages d’opinion sur des sujets variés mais aussi sondages commerciaux visant à connaître nos habitudes de consommation, ou encore micros-trottoirs ou autres sondages en ligne.

Face à cette avalanche, il est indispensable de maintenir un haut niveau d’esprit critique. Je tenterai, dans cet article, de rappeler certaines limites méthodologiques des sondages et enquêtes d’opinion, de donner quelques outils nécessaires à leur bonne compréhension et de proposer des pistes de réflexion sur le rôle qu’ils jouent dans notre société de l’information et de la communication. Je m’attarderai également sur les instituts de sondage en tant qu’entreprises marchandes.

La critique des sondages peut en effet s’envisager selon deux optiques. D’une part la critique formelle, qui s’attachera plus particulièrement à la méthodologie employée. D’autre part une critique de fond, qui s’interrogera sur les sondages en tant qu’objets et qui questionnera leur utilité, leur sens et le rôle qu’on leur assigne.

Critique formelle : comment sont réalisés les sondages et quelles sont leurs limites ?

Attardons-nous tout d’abord sur la critique formelle. Celle-ci doit prendre en compte plusieurs éléments. Tout d’abord, les questions. La manière dont celles-ci sont formulées est essentielle. Le choix ou l’omission de certains mots peut interférer de manière cruciale sur les réponses obtenues : effet de substitution de mots synonymes, ajout ou omission de certains termes ou informations, longueur du développement de la question, … [1].Il faut également s’assurer que l’interrogé.e comprenne bien le sens de la question et en ait la même intelligence que l’interrogateur. La même remarque s’applique aux réponses, qui sont le plus souvent suggérées, et induisent donc déjà un biais. On ne se retrouve pas nécessairement dans le choix de réponse suggérées et il faudra donc choisir celle qui se rapproche le plus de notre opinion.

Au niveau de la construction de l’échantillon, on peut faire appel à deux méthodes différentes. Dans la méthode des quotas, on tentera de reproduire, au sein d’un échantillon représentatif, les caractéristiques principales de la population dont on veut connaître l’opinion. Mais quelles sont les caractéristiques retenues ? Généralement, il s’agit du sexe, de l’âge et de la catégorie socio-professionnelle. C’est cette méthode qui est majoritairement utilisée dans les pays francophones. Les pays anglo-saxons ont tendance à privilégier la méthode dite aléatoire (ou probabiliste). Celle-ci fait appel au hasard et à la théorie des probabilités en choisissant les personnes à interroger au hasard dans une liste.

Ces deux méthodes ont leurs limites. La méthode des quotas ne pourra jamais garantir une reproduction fidèle de la population visée. De nombreuses caractéristiques, tel le niveau d’éducation (dernier diplôme obtenu), sont le plus souvent laissées de côté. Il est en effet illusoire de croire que, même construit avec la plus grande rigueur, un échantillon peut constituer une véritable photo miniature d’une population bien plus large. Quant à la méthode aléatoire, pour peu que la loi des probabilités puisse garantir une véritable représentativité de l’échantillon et qu’une liste exhaustive de la population sondée soit disponible, elle est également sujette à une série de biais. Dans une liste alphabétique par exemple, les noms d’une certaine origine peuvent être concentrés et fausser la représentativité de l’échantillon.

Des méthodes ont été développées pour tenter de mesurer cette incertitude. Il s’agit de la marge d’erreur, ou plus exactement de l’intervalle de confiance. Plusieurs méthodes existent pour le calculer, que je ne présenterai pas ici. Les deux éléments à garder à l’esprit sont d’une part que plus l’échantillon sera petit, au plus l’intervalle de confiance et donc l’imprécision seront importants. D’autre part, qu’il s’agit bien d’un intervalle. Autrement dit, quand il est fait référence à un intervalle de confiance de plus ou moins 3%, ce plus ou moins est à prendre au sens strict : pour un résultat de 10%, cela signifie qu’on se situe quelque part entre 7% et 13%. Cela n’est évidemment pas négligeable pour une analyse correcte des résultats. Alors que la couverture médiatique des campagnes électorales s’apparente de plus en plus au tiercé-quinté-plus et que les salles de presse se transforment en bar PMU dans lesquels on s’agite dès qu’un des chevaux en lice a dépassé les autres d’une demi-tête, mettre en évidence l’intervalle de confiance semble devenir un luxe [2]. Car ces évolutions qui font la une des journaux apparaissent comme minimes une fois cadrée par cet intervalle.

S’ils peuvent et doivent être critiqués, les sondages effectués par des bureaux dont c’est le métier (instituts ou centres de recherche) sont réalisés dans le respect de certaines règles méthodologiques. Tel n’est pas le cas par contre des micros-trottoirs ou autres sondages en ligne qui semblent se développer de plus en plus dans les médias. Les micros-trottoirs ne se basent sur aucune méthodologie et n’ont d’autre intérêt que de donner un écho médiatique aux propos tenus généralement dans l’anonymat du bar du café des sports. En tirer la moindre conclusion de portée générale relève de l’escroquerie intellectuelle la plus éhontée. De même, les sondages disponibles sur les sites des journaux ne représentent que l’opinion des internautes ayant visité le site pendant un certain intervalle de temps et qui n’avaient rien de plus passionnant à faire que de donner leur avis sur, au choix et selon les jours, les résultats du foot, une grève générale, la météo ou le durcissement des peines à l’égard des mineurs d’âge. Ici aussi, en tirer une quelconque conclusion générale confine au ridicule.

En plus des imprécisions inhérentes à la récolte des données, il existe d’autres distorsions, que l’on peut appeler « de contexte ». On a coutume, concernant les sondages d’opinion, d’utiliser la métaphore de la « photographie de l’opinion publique à un moment donné ». On l’a vu, cette photographie peut-être rendue floue dès la prise de vue mais l’interprétation de l’image obtenue est également très hasardeuse. On sait que le taux de réponse aux sondages n’est pas le même selon la classe sociale. Le nombre de refus de réponse est plus élevé au sein des milieux populaires qu’au sein des classes les plus aisées (et les plus éduquées). Des outils de pondération existent pour corriger ce biais mais ne garantissent pas la netteté de cette fameuse photo. On sait également que certaines opinions sont considérées comme socialement moins légitimes que d’autres, voire condamnables et condamnées. C’est le cas par exemple du vote pour des partis d’extrême-droite ou pour les déclarations racistes. Ici aussi, des outils de pondérations existent mais le nombre de mégapixels à corriger ne peut toujours pas être estimé avec précision.

La récolte des réponses est une chose, leur interprétation en est une autre. Un procédé de manipulation évident est de mettre en évidence la réponse qui « arrange », même si elle ne représente pas l’opinion identifiée comme majoritaire. Un journal pouvait ainsi titrer « 40% des belges refusent la grève générale » [3]. Cela signifie qu’à tout le moins 60% de la population l’approuverait, ou en tout cas ne la condamnerait pas. Les résultats d’une enquête d’opinion peuvent donc légitimer n’importe quelle position, pour autant que l’on fasse preuve d’un minimum de créativité et de beaucoup de mauvaise foi dans leur présentation.

Les effets, réels ou présumés, des sondages sur le monde politique font également l’objet de débats sans fin. Les sondages pré-électoraux sont régulièrement soupçonnés, soit de favoriser le ou les partis annoncés vainqueurs (effet bandwagon), soit de favoriser le ou les partis annoncés perdants (effet underdog). L’influence des sondages d’opinion sur l’agenda politique est également manifeste. Les responsables politiques semblent avoir les yeux rivés sur les sondages et prendre les décisions majeures sur base de ce seul étalon, avec la complicité des médias qui les commandent et les diffusent, généralement sans véritable recul critique. Cette pratique pose d’importantes questions sur la façon dont fonctionne la démocratie. La responsabilité de gouvernants élus est-elle de prendre en compte les intérêts de ceux et celles qu’ils sont sensés représenter ou doivent-ils privilégier la prise en compte des opinions prétendument majoritaires au sein de la population ? Au-delà de la question même de savoir si les sondages et enquêtes d’opinion en constituent une photographie exacte, il me paraît en effet légitime d’en questionner la légitimité comme outil politique. C’est là faire peu de cas de deux principes qui sont à la base des démocraties occidentales telles qu’elles ont été construites depuis plus de deux siècles. Tout d’abord le principe de représentation, qui voit le peuple déléguer ses pouvoirs à des représentants librement choisis en fonction d’un programme politique basé sur une vision et un projet de société. Ensuite, la place accordée aux groupes de pression ou aux corps intermédiaires (organisations syndicales et patronales mais aussi les mouvements politiques, associatifs, écologistes, …) dont le rôle est de faire pression sur les dirigeants élus afin de défendre les intérêts de leurs membres. Baser l’action politique sur les sondages d’opinion revient à nier, ou du moins minoriser, ces deux principes et à verser dans une forme de véritable populisme. Et s’inscrit dans une tendance générale visant à détruire les différentes formes d’organisation collective des citoyens.

Critique de fond : les sondages servent-ils à quelque chose ?

Ces réflexions nous amènent à réfléchir sur le rôle que jouent les sondages dans la société actuelle. Si les débats sur la fiabilité des sondages sont largement tolérés dans les médias [4], c’est beaucoup plus rarement le cas lorsqu’il s’agit de poser un questionnement de fond à leurs sujets. Pierre Bourdieu, dans un article fondamental [5], considère que les sondages d’opinion posent comme acquis trois postulats. Ceux-ci méritent d’être critiqués : Premier postulat : « Tout le monde peut avoir une opinion ». Or, tout le monde n’a pas nécessairement un avis sur tout. Ou tout le monde ne se sent pas légitime pour avoir un avis sur tout. Le taux de non-réponse des sondés issus des classes populaires a déjà été évoqué. Deuxième postulat : « Toutes les opinions se valent ». Pour émettre une opinion sur une question donnée, il est d’abord nécessaire de bien comprendre la question. Pas seulement au niveau du langage mais également au niveau du sens que lui prête celui qui l’administre. Ainsi, « la première condition pour répondre adéquatement à une question politique, donc d’être capable de la constituer comme politique ; la deuxième, l’ayant constituée comme politique, est d’être capable de lui appliquer des catégories proprement politiques qui peuvent être plus ou moins adéquates, plus ou moins raffinées, etc… » [6]. Un exemple parlant : « dans l’enquête L’ouvrier français en 1970, on demandait d’appliquer un certain nombre d’adjectifs aux différents syndicats, pour tester l’influence de la critique d’extrême-gauche à l’encontre de la CGT. Or, les ouvriers interrogés ont été beaucoup plus nombreux à appliquer ce qualificatif à Force Ouvrière (17%) et à la CFDT (15%) qu’à la CGT (7%). La raison : ils ont compris « bureaucratique », non pas au sens d’organisation peu démocratique dominée par l’appareil, mais comme organisation syndiquant des salariés travaillant dans des bureaux » [7]. Troisième postulat : « L’hypothèse qu’il y a un consensus sur les problèmes posé, autrement dit qu’il y a un accord sur les questions qui méritent d’être posées ». Le propre d’un sondage d’opinion ou d’une enquête, c’est que le choix des questions posées est du ressort de l’enquêteur, ou plus précisément du commanditaire de l’enquête. Ce commanditaire, qu’il s’agisse d’un média, d’un parti politique ou d’une entreprise privée, est un acteur social qui poursuit des objectifs politiques et se rattache à une idéologie. Il n’est donc pas « neutre », ni « objectif » et encore moins « désintéressé ». Il est par contre fort probable que les questions posées reflètent la pensée dominante, ou en tout cas les préoccupations de la classe dominante. La multiplication des sondages, le matraquage médiatique qu’ils occasionnent et l’avidité du monde politique pour leurs résultats résulte en une imposition par la classe dominante de ces préoccupations dans l’espace public. Les sondages peuvent donc être considérés comme un outil de légitimation de l’idéologie et des préoccupations de la classe dominante dans le débat public, en les y imposant. Les sondages sont également, pour la classe dominante, un outil de persuasion. A force de faire des problématiques qu’elle identifie comme majeures et dignes d’intérêt des objets d’enquête et, par ricochet, des sujets médiatiques, celles-ci finissent par s’imposer dans l’esprit des citoyens. Et lui offre de multiples occasions de réagir et de diffuser ses propres analyses. Enfin, les sondages sont également un outil de délégitimation des pensées et options politiques alternatives. En monopolisant le débat médiatique avec ses problématiques et en donnant l’illusion que la majorité de la population partage ses vues, la classe dominante, en créant un « effet de consensus » visant à faire croire que ces opinions sont partagées par une majorité de la population, décrédibilise et relègue dans les marges de l’espace public officiel tout ce qui ne s’inscrit pas dans le cadre fixé par elle. En ce sens, l’omniprésence des sondages d’opinion participe franchement à la bataille des idées, dont la presse mainstream est l’un des bataillons.

Enfin, il ne faut pas perdre de vue, lorsqu’on s’attache à analyser les sondages sous un œil critique, que ceux-ci sont souvent réalisés par des entreprises commerciales. Cette appartenance à la sphère marchande implique que les impératifs et normes auxquels sont soumis les entreprises commerciales ne sont pas les mêmes que ceux de la recherche scientifique. Loin de moi la naïveté de croire que les universités et centres d’étude « engendrent leurs problématiques dans un ciel pur [mais] en tout cas avec une distance beaucoup plus grande à l’égard de la demande sociale sous sa forme directe et immédiate » [8]. Les instituts privés de sondages sont clairement tributaires de leurs commanditaires et sont soumis à des impératifs de rentabilité et de productivité. Ils auront donc tendance à se concentrer sur les enquêtes dont l’écho médiatique potentiel sera le plus élevé. Les sondages pré-électoraux ou les enquêtes d’opinion effectuées pour le compte des médias ne représentent pas la majorité de l’activité de ces instituts. La consultation des sites web [9] des plus connus nous apprend qu’ils sont essentiellement actifs des études de marketing pour les entreprises ou les études d’opinion à destination de commanditaires privés. Les enquêtes médiatiques leur permettent donc surtout de mener une campagne publicitaire à moindre coût. Concurrence, pressions sur les coûts, maintien du taux de profit, réduction du personnel, éloignement des lieux de prise de décision, … Il en résulte, comme dans les autres secteurs, une augmentation du précariat et des conditions de travail dans l’ensemble déplorables [10]. Outre le scandale social que cela constitue, ce délabrement des conditions de travail n’est pas sans incidence sur la qualité du travail effectué. Les travailleur.e.s, pressés comme de citrons, ne bénéficient pas du temps nécessaire pour s’acquitter de leurs tâches correctement [11]. Le sociologue Rémy Caveng, qui y a réalisé une étude en observation participante, parle du secteur comme d’un « laboratoire du salariat libéral » [12]. Laurence Parisot, actuelle présidente du Medef (fédération patronale française) et ancienne directrice de l’IFOP, dont elle est toujours vice-présidente, n’a-t-elle pas déclaré que si « la vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi » ?

Les sondages ne doivent donc jamais être pris pour argent comptant ou pour une vérité révélée. Les biais méthodologiques et leurs imprécisions sont trop importants que pour qu’ils puissent réellement constituer une réelle « photographie de l’opinion à un moment donné ». Ce ne sont pas non plus des sujets neutres, mais bien des objets produits par des acteurs sociaux pouvant être utilisés comme armes par la classe dominante pour asseoir son idéologie dans la bataille des idées. C’est pourquoi il est indispensable de les considérer avec un œil toujours critique, tant sur le fond que sur la forme, et de rester vigilant.

Guéric Bosmans

Origines et quelques événements marquants

Les sondages ayant pour volonté déclarée de mesurer l’opinion publique, retracer l’origine de cette expression est également intéressant. Le Dictionnaire historique de la Langue francaise [13] date l’apparition de celle-ci en 1590. On la retrouve notamment dans les écrits de Montaigne. Mais c’est à partir de la fin du XVIIIème siècle que son usage se généralise dans la littérature politique et morale de l’aire euraméricaine [14]. Quant à « sondage », son « emploi abstrait pour « investigation discrète et rapide » trouve son terrain d’élection dans le domaine d’opinion, vers le milieu du XXè siècle. » [15].L’origine des sondages d’opinion est à chercher outre-Atlantique, dans la pratique des strawpoll(vote de paille). Il s’agit de simulations de vote effectuées en divers lieux et occasions, sans véritable souci d’une quelconque représentativité de l’échantillon pris en compte.Ceux-ci se développent à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, et ne se limiteront plus aux seules intentions de vote mais s’étendront à des questions de société. C’est dans les années 1930, aux Etats-Unis toujours, qu’apparaissent les premiers instituts de sondages. Ces instituts se caractériseront par leur volonté de dépasser la méthode « vogelpik » des straw poll pour s’atteler à la constitution d’échantillons représentatifs. Les deux méthodes se confronteront à l’occasion de l’élection présidentielle américaine de 1936, et l’élection de F.D. Roosevelt confirmera les estimations des instituts alors que celles du journal Literary Digest, qui avait envoyé des millions de questionnaires sur base du bottin téléphonique annonçaient vainqueur son concurrent républicain. Dans les années qui suivent, le monde académique va s’intéresser aux sondages et ce sera le début d’une collaboration entre ces deux mondes [16]. Ensuite, c’est l’entrée en guerre des Etats-Unis, en 1942, qui provoquera un essor de la pratique des sondages [17]. L’élection présidentielle de 1948 donnera un sérieux coup à la crédibilité croissante des sondages d’opinion. Les prévisions annoncent une telle victoire du candidat républicain Dewey face au président démocrate sortant Truman que les instituts décident de ne plus rien publier trois semaines avant la date fatidique, considérant que les jeux sont de toute façon faits. Coup de tonnerre le jour du scrutin, lorsque Truman est déclaré vainqueur. La photo du vainqueur posant avec la une du Chicago Daily imprimée avant l’annonce des résultats et annonçant sa défaite est restée célèbre. En France, les sondages apparaissent après le GMII et se développeront réellement à partir des années 1960. C’est l’élection présidentielle de 1965 qui leur assurera une certaine crédibilité. En effet, alors que les commentateurs politiques étaient persuadés de la victoire du Général De Gaulle dès le premier tour, l’Ifop annonçait sa mise en ballotage. Les prévisions de l’institut de sondage, qui prévoyaient un score de 43% pour le Général, se sont avérées correctes (il obtiendra un score de 43,96%) [18]. Mais en 2002, c’est une autre élection présidentielle française qui portera un sérieux coup à la crédibilité des sondages pré-électoraux. Les prévisions unanimes annonçaient un duel entre Jacques Chirac et Lionel Jospin au deuxième to
ur. Coup de tonnerre au soir du 21 avril 2002, lorsque lorsqu’à côté du visage de Jacques Chirac apparut celui de Jean-Marie Le Pen !

 

Quelques exemples

Le sondage de politique-fiction rétrospective : http://www.rtl.fr/actualites/politique/article/sondage-hollande-sarkozy-si-les-francais-pouvaient-revoter-ils-choisiraient-7753451240

Les derniers sondages en ligne du site web du journal Le Soir

Lors de la grève générale du 30 janvier en Belgique, un sondage selon lequel une majorité de belges seraient y seraient opposés a été repris par de nombreux médias. « Cette enquête de l’institut Profacts[affirmait également] que seulement 5% des travailleurs participeront à la grève de lundi et qu’une grande partie de la population est favorable à une limitation du droit de grève. Il s’agit d’une enquête réalisée sur internet par Profacts auprès de 1035 membres repris dans leur panel. A ce sujet, on peut lire via Google que la base de données de Profacts est composée de 1350 membres et 350 HRM d’entreprises. Il est évident que la première attitude des HRM envers la grève générale est négative et probablement aussi pour les membres du panel qui sont entrepreneurs [19]. C’est pourquoi, nous estimons que les journalistes qui ont simplement copier/coller cette information auraient dû approfondir leurs recherches. Car cette « enquête » n’est pas du tout représentative et que la volonté était plutôt de décourager les gens à participer à l’action. Rendez-vous à lundi pour en savoir plus.

On se retrouve ici devant un cas d’école de sondage à la méthodologie plus que hasardeuse, repris sans analyse critique par les médias et dont la conclusion était en adéquation avec leur discours sur la grève [20].

 

Pour aller plus loin

Afin de ne pas surcharger l’article en notes de bas de page, je donne ici les deux ouvrages principaux consultés pour son écriture. On y trouvera également de nombreux exemples.

  • Claude DARGENT, Sociologie des opinions, Paris, Armand Colin, 2011
  • Alain GARRIGOU, L’ivresse des sondages, Paris, La Découverte, 2006

Le site web « observatoire des sondages » (http://www.observatoire-des-sondages.org/) est également une ressource précieuse, ainsi que celui d’Action-Critique-Médias (http://www.acrimed.org/mot26.html).

Notes

[1On trouvera une série d’exemples dans Claude DARGENT,Sociologie des opinions, Paris, Armand Colin, 2011pps 73-76

[3Réf nécessaire

[4Cf par exemple les opinions de Jean-Michel LEBRUN (Directeur du service clients chez Ipsos Belgium) et François Heinderickx (Professeur de sociologie des médias à l’ULB) dans Le Soir, mercredi 10 octobre 2012, p.12

[5Pierre Bourdieu, « L’opinion publique n’existe pas »inQuestions de sociologie, Paris, Editions de Minuit, 1984, p222-235. Disponible également en ligne à l’adresse suivantehttp://www.homme-moderne.org/societe/socio/bourdieu/questions/opinionpub.html (c’est cette version qui a été consultée pour l’écriture de cet article.

[6Pierre Bourdieu, op. cit.

[7Frédéric BON, Nonna MAYER et Michel-Antoine BURNIER, Les sondages peuvent-ils se tromper ?, Paris, Calmann-Lévy, 1974 cité dans Claude DARGENT

[8Pierre Bourdieu, op. cit

[10On lira avec intérêt la brochure de la CGT à ce sujet (plus particulièrement les pages 5-26 pour les sociétés de sondage) : http://www.soc-etudes.cgt.fr/documents/nos_publications/brochures/Brochure%20N%206%20Sondage%20Centres%20d%20appels%20et%20informatique%20Mars%202011.pdf

[12Rémy CAVENG, Un laboratoire du salariat libéral : les instituts de sondage, Bellecombe-en-Bauges, Editions du Croquant, 2011. On lira également l’article suivant : Rémy CAVENG, « La « liberté » des vacataires en institut de sondages » inInterrogations. Revue pluridisciplinaire en sciences de l’homme et de la société, n°4, Juin 2007. Consultable en ligne :http://www.revue-interrogations.org/fichiers/89/la_liberte_des_vacataires.pdf

[13Alain REY (dir.,Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, 2006

[14Javier Fernandez Sebastian et Joëlle Chassin (coord), L’avénement de l’opinion publique. Europe et Amérique, XVII-XIXème siècles, Paris, L’Harmattan, 2004, pps 12-20

[15Alain REY (dir).,Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, 2006

[16Claude Dargent, Sociologie des opinions, Paris, Armand Colin, pps 49-66

[17Loïc Blondiaux, La fabrique de l’opinion. Une histoire sociale des sondages, Paris, Seuil, 1998, pps 268-270

[18Claude Dargent, op. cit.

[19Extrait du « mur Facebook » de Paul Lootens, secrétaire général de la Centrale Générale FGTB, le 26 janvier 2012

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